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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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  • bruno magniez

CV

Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 20:25

Les pixadores, graffeurs acrobates de Sao Paulo mi-Yamakasi, mi-graffeurs, escaladent les grattes-ciels de la mégalopole brésilienne à leurs risques et périls, bombe de peinture coincée dans leur jean. La mission : signer de leur nom les façades des immeubles à coup de grandes lettres noires triangulaires… On les appelle pixadores, du nom de leur style de graffiti, la pixaçao. Ce n’est pas tant l’esthétique qu’ils recherchent, mais plutôt l’illégalité, la performance, et la prise de risque.

 

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Traqués par la police et détestés des autres graffeurs, les pixadores grimpent toujours plus haut pour affirmer leur identité. Aujourd’hui, leur style unique au monde fait partie intégrante de Sao Paulo. Mais ces pirates tiennent à leur indépendance : pas question de se voir récupérer par des galeries d’art.

Etymologiquement, en portugais, “pichar” veut dire “vaporiser”, mais l’expression “piche” signifie aussi goudron. La pixaçao désigne ainsi les traces faites avec cette substance. Selon Joao Wainer, réalisateur du documentaire “Pixo” projeté en 2009 lors de l’exposition “Né dans la rue, Graffiti” à la fondation Cartier, la pixaçao est née autour de 1982, à Sao Paulo.

 

 


Des jeunes issus des zones les plus pauvres, fans de heavy metal, reprennent l’esthétique de groupes comme Iron Maiden dans leurs tags. Ils créent ainsi une écriture inspirée des runes, l’alphabet à l’aspect anguleux des peuples germaniques anciens.“C’est intriguant de penser que cette écriture qui date de milliers d’années a ressurgi à Sao Paulo, à travers ses propres peuples barbares : les pixadores”, commente Choque, photographe et pixadore, dans un article de la revue culturelle brésilienne Caros amigos.

La forme des lettres s’explique aussi par le côté pratique
: certains racontent qu’ils doivent se contorsioner pour arriver à inscrire leur signatures, du haut de balcons situés à parfois 50 mètres au-dessus du sol. Dans ces conditions, et d’autant plus s’ils utilisent un rouleau de peinture, il est beaucoup plus simple pour eux d’avoir ce style triangulaire.


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Car les pixadores risquent leur vie à chaque nouveau tag. Seuls ou par petit groupe, ils escaladent les hautes façades des immeubles paulistes, de nuit, la plupart du temps. Sans aucune protection, ils passent par les escaliers de secours ou se hissent le long des gouttières pour graffer le plus haut possible. S’ils ne trouvent pas d’appui, certains groupes n’hésiteront pas à former des échelles humaines, qui peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur.


La performance peut tourner mal. Une nuit de juin 2010, deux jeunes de 20 et 23 ans s’aventurent sur une façade d’un immeuble du centre de Sao Paulo pour y réaliser leur pixo. A trois heures du matin, des policiers alertés par le voisinage les interpellent depuis une fenêtre. Paniqués, les deux pixadores font une chute de dix mètres, comme le montre ce reportage du JT de la chaîne TV Globo. [po] Bilan: un tag inachevé, une fracture de l’épaule pour un des pixador et des blessures légères pour l’autre, plus deux arrestations par la police. Ils auront été plus chanceux que Carlos Jefferson Da Silva [po], décédé en 2007 après une chute, alors qu’il taguait un immeuble de la banlieue de Sao Paulo.


Mais la pixaçao ne résume pas à la recherche de l’adrénaline et à la performance sportive. Souvent issus de milieux pauvres, nés dans la périphérie de la ville, les fameuses favelas, ces jeunes exclus veulent reconquérir l’espace public en imposant leur identité sur tous les murs de la ville. Comme les graffeurs new-yorkais avec le tag, ils se servent du pixo comme d’une signature, mais aussi comme un instrument de protestation politique. “La pixaçao reflète une structure sociale qui a failli. C’est une ville qui crie, c’est un avertissement”, explicite Gustavo Lassala.


Les pixadores sont les seuls à pouvoir déchiffrer ces messages codés : les écritures et les logos compliqués sont incompréhensibles pour le commun des habitants de Sao Paulo. Parfois, ces lettres mouvantes deviennent le seul langage écrit de ces jeunes: dans le documentaire de Joao Wainer, un pixador avoue être incapable de lire l’alphabet latin, mais comprendre couramment le pixo.


Entre les pixadores et le monde de l’art, c’est l’incompréhension qui règne. Les artistes plastiques considèrent leur mouvement comme du pur vandalisme, et les graffeurs se plaignent d’avoir de moins en moins de murs libres pour réaliser leurs graffitis. Les pixadores, eux, leur reprochent d’avoir accepté l’institutionnalisation et la commercialisation de leur art.

 

 

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Published by bruno magniez
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