Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : le blog brunomagniez par : bruno
  •   le blog brunomagniez par : bruno
  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
  • Contact

Profil

  • bruno magniez

CV

Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


Recherche

17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 17:50

Les caméras de la réalisatrice britannique Lucy Walker ont suivi pendant trois ans l'artiste brésilien Vik Muniz dans les entrailles de la plus grande décharge du monde situé à Jardim Gramacho dans la banlieue de Rio de Janeiro au Brésil.

Dans le ciel bleu du Brésil, une nuée d'oiseaux virevolte en cercle au-dessus d'une gigantesque montagne illuminée par le soleil. Une image digne des paysages de carte postale ? Pas vraiment,  car ce n'est pas la nature qui a placé là ce relief haut de plusieurs mètres mais bien l'homme. Cette montagne n'est autre que la plus grande décharge du monde, un amas considérable où s'accumulent chaque jour des tonnes et des tonnes d'ordures. Nous sommes à Jardim Gramacho dans la banlieue de Rio de Janeiro, là où la réalisatrice Lucy Walker a suivi pendant trois ans l'artiste d'origine brésilienne Vik Muniz.le-dvd-de-waste-land-sortira-le-5-juin_48499_w460.jpg

 

C'est au coeur de cette gigantesque décharge que celui-ci a décidé de mener un projet artistique inédit. Une idée qui n'apparait pas si étonnante quand on connait l'approche artistique quelque peu atypique de l'homme. Pour réaliser ses oeuvres, Vik Muniz se sert en effet de tous les matériaux qui lui tombent sous la main : terre, sucre, chocolat, fil de fer, corde, poussière, pâte à modeler, etc. Des matériaux qu'ils modèlent et disposent en fonction de son imagination avant de les immortaliser en les photographiant. Cette fois-ci, l'artiste avait donc décidé de voir les choses en grand et en allant bien au-delà de sa démarche habituelle.

 

En revenant sur les terres de son enfance, l'homme a voulu aller photographier les "catadores", les ramasseurs de déchets recyclables, dans des mises en scène composées à partir d'objets et de matériaux récupérés. Car en effet, cette montagne de déchets est loin d'être laissée pour compte. Chaque jour, s'y affairent des milliers de personnes, des "trieurs" équipés de grands sacs qui viennent ramasser les objets afin de les revendre aux sociétés de collecte. Un travail qui se fait bien évidemment dans des conditions pénibles mais dont les "catadores" sont fiers. 

 

Une plongée dans l'univers des "catadores"

Au fil des rencontres de Vik Muniz, on fait ainsi la connaissance de Tiao, président de l'Association des trieurs de Jardim Gramacho (ACAJMG), de Suelem, jeune mère qui collecte les objets pour nourrir sa famille, d'Irma qui cuisine chaque jour pour les "catadores" ou encore de Valter qui travaille à Jardim Gramacho depuis plus de vingt ans. Autant de "personnages" qui vont donner au projet artistique une toute autre dimension. En questionnant les trieurs, Vik Muniz saisit peu à peu tout le désespoir mais aussi la dignité et la joie de vivre qui les habitent. "C'est un travail honnête mieux que la prostitution", affirme Suelem quand Tiao explique que sur une tonne d'ordures abandonnées par les habitants de Rio et de sa banlieue, 500 kilos représentent "des matériaux recyclables".269c099a-96d2-4e9c-8b22-8a3932ca9104_display.jpg

 

A côté de ces témoignages frappants, le projet artistique prend peu à peu forme et tire les "trieurs" de leur quotidien, fournissant une profonde réflexion sur le fait qu'une oeuvre peut parfois changer des vies. Car c'est un travail véritablement incroyable qui va naitre de la collaboration de Vik Muniz et des "catadores" : des portraits saisissants de réalisme mais entièrement composés d'objets et de matériaux récupérés, de capsules, de bouchons, de bouts de métal, de vêtements, etc.

 

 

 

 

 

Un documentaire très récompensé

"D'après mon expérience, quand on mêle l'art aux projets sociaux, le plus important c'est que les gens puissent s'échapper même deux minutes de l'endroit où ils sont et de leur montrer un autre monde, un autre endroit. Même s'ils peuvent le voir d'où ils sont, ça change tout. Pas seulement pour montrer comment l'art peut changer les gens mais pour se demander si l'art peut vraiment changer les gens", explique Vik Muniz dans Waste Land. Et il suffit de voir le documentaire pour comprendre les dires de l'artiste.

 

 

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article
12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 10:50

SUCCES - En cinquante ans d'existence, la marque s'est imposée dans le monde entier...article_SIPA_00624152_000009.jpg

C'est la reine de la plage. La tong Havaianas, lancée en 1962 pour chausser les Brésiliens des rues, est devenue une marque vendant 206 millions de paires dans 85 pays en 2011. A l'origine, une tong, inspirée de la sandale japonaise zori, vendue en style unique pour une somme équivalent à 2 ou 3 euros.

 

De la rue aux stars

Havaianas devient un accessoire indispensable de la vie des Brésiliens, tant et si bien que l'Etat la classe parmi les produits de première nécessité et contrôle son prix afin d'éviter l'inflation. Progressivement, les touristes diffusent mondialement le produit qui se décline désormais en 350 références.

 

Par ailleurs, personnalités et mannequins accélèrent le processus dans les années 1990 en les portant hors des frontières, hissant la tong Havaianas au rang de numéro un mondial du secteur.

 

La marque incarne l'âme brésilienne

Logée dans la catégorie du «luxe abordable», son prix moyen atteint 26 euros – 160 euros pour la paire la plus chère –, un élément qui n'arrête en rien la progression de la marque. «Nos concurrents ont des prix plus abordables que les nôtres sur cette gamme de produits, mais les clients aiment la marque et apprécient la qualité de nos tongs en caoutchouc (plutôt que le PVC)», explique Carla Schmitzberger, directrice monde d'Havaianas.

 

Entre mode et confort, le numéro un mondial a su s'imposer des plages au domicile, du bord de l'eau au centre-ville. Plus qu'une tong, les amateurs achètent une âme brésilienne. La marque reste à ce titre fabriquée exclusivement au Brésil. «Elle incarne l'été, la liberté et la tendance mondiale à porter des tenues plus casual, détaille-t-elle. La marque souhaitant notamment se diversifier en termes de produits, comme avec les bottes de pluie, et l'écoute de nos clients créent un cercle vertueux», conclut-elle.

 

Résultat: Près de quatre milliards de paires de tongs vendus en cinquante ans. Après tout, «Tout le monde les porte», affirme son slogan.

 

 

Havaianas et ses tongs font toujours penser à l'été, cette année la marque vous le rappelle et installe des distributeurs de tongs. Ce tout nouveau concept vient d'apparaitre en Australie à Sydney dans le centre commercial Quuen victorian Building.

 

Havaianas, marque brésilienne de référence pour les tongs dans le monde entier adopte un concept marketing assez spécial et innovateur pour vendre ses tongs. De la tong slim à la tong urban, Havaianas propose ses tongs sous plusieurs formes et les vends de différentes manières. En effet après avoir annoncé ses sneakers pour le printemps/été 2012, Havainas réinvente le distributeur en installant un distributeur de tongs en plein milieu d'un centre commercial. Le producteur de tongs innove et ne se contente plus de vendre dans de simples magasins. La marque veut attirer l'œil des gens avec son distributeur qui arbore des couleurs flashs fortement éclairées.

 

Le principe est simple vous n'avez qu'à placer vos pieds sur une petite affiche en sticker ancrée dans le sol devant le distributeur pour vérifier votre pointure. Une fois que votre pointure a été identifiée il ne vous reste plus qu'à choisir votre paire de tongs et à payer soit en espèces, soit en carte bancaire. Le distributeur attise la curiosité de tous les visiteurs du centre commercial qui prennent des photos et n'hésitent pas à acheter leur toute nouvelle paire de tongs. Il est donc fort probable que nous retrouvions des distributeurs de ce genre de Biarritz à Hossegor ou de Cannes à St Tropez cet été, la marque étant bien implantée en France notamment grâce à ses collections de tongs originales avec Missoni par exemple.  

 

Et vous voudriez-vous avoir des distributeurs comme ceux-ci sur les plages cet été ?

 havaianas été tongs buzz distributeur

 


Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article
11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 11:51

Prochainement, le Brésil va se trouver sous tous les projecteurs avec, en l’espace de deux ans, l’organisation de la Coupe du Monde de football en 2014 puis, dans la foulée, les Jeux Olympiques, durant l’été 2016. Le fait se caractérise par sa rareté et son ambition car enchainer, pour un pays, les deux événements, à résonance planétaire, sollicitent des investissements colossaux (la Grèce ne s’est jamais remise de son organisation des Jeux Olympiques de 2004). Cela prouve que le Brésil, encore identifié comme un pays émergent, se rapproche des plus grandes puissances économiques mondiales.

 

 

0.jpg


Sixième puissance économique mondiale

Le pays se classe aujourd‘hui comme la première économie d’Amérique latine avec un PIB de plus de 2.500 milliards de dollars, en 2011. Son essor a débuté dans les années 70 grâce aux échanges importants avec les Etats-Unis et le Japon, mais l’accélération du niveau de vie général s’est réellement développé sous le mandat de Lula qui a mis la priorité sur la croissance et la réduction des inégalités, le tout  dans le respect des équilibres économiques fondamentaux.

 

L’ancien président a, en effet, imposé en 2007, un PAC (Pacte d’Accélération de la Croissance), en instaurant un large programme d’investissements dans les secteurs de l’énergie, du logement, des transports. Ces investissements étatiques, associés à une politique sociale intense aidant les plus démunis, ont permis d’élever globalement le niveau de vie général du pays où les disparités caractérisaient la population.


Depuis, la nation brésilienne, qui se classe actuellement au sixième rang des économies mondiales, a connu des taux de croissance qui peuvent paraitre insolents par rapport aux pays développés et notamment européens avec une moyenne annuelle de 4% sur la dernière décennie, néanmoins loin derrière les autres BRIC (Chine 10.9% et Inde 8.2 %).


Développement des investissements chinois

En 2010, le Brésil a brillé, avec une croissance de 7.5% mais la crise mondiale est venue brusquement interrompre le cycle vertueux, même si 2011 s’est soldée par une avancée de 2.5 points de PIB. Les moteurs de cette ascension économique (le pays est passé du 10e au 6e rang mondial en dépassant la Grande-Bretagne) se trouvent à plusieurs niveaux : politique économique et sociale stabilisant l’emploi, hausse des revenus des plus défavorisés et forte augmentation des exportations.


A ce jour, le Brésil regagne des places dans le classement des pays exportateurs, grâce principalement à l’agriculture (café, canne à sucre) et au secteur de l’énergie, qui s’est considérablement développé en 2008 avec la découverte de nouveaux gisements. L’Union européenne représente, par ailleurs, son premier client avec plus de 20% des exportations en direction du Vieux continent.


Les vastes chantiers assurés par les financements nationaux, associés avec la volonté historique d’attirer les investisseurs étrangers ont permis de booster le développement économique.


Les besoins en investissements demeurent fastidieux et la Chine profite de cet appel d’air pour se positionner comme premier commanditaire dans les secteurs dominants. Les chinois investissent, non seulement dans les secteurs porteurs comme l’énergie mais également dans « l’agrobusiness » avec l’achat de terre pour la production de soja à destination de leur propre marché national. Les Etats-Unis, allié historique du Brésil, se sont vus prendre la place de premier partenaire par Pékin.


Des taux d’intérêt encore élevés

Mais le PIB du pays reste encore concentré sur quelques régions, notamment la province de Sao Paulo qui constitue 30% de la richesse nationale, équivalent à elle seule au PIB de la Turquie.


Cette évolution rapide du niveau de vie oblige les autorités à surveiller l’inflation qui se situe encore à 5%. Cette maitrise nécessite la mise en place d’une politique de taux directeurs élevés (8.5%), évitant aussi un emballement des prix. La contrepartie de cette arme « anti-inflation », c’est l’envolée de la devise nationale qui au cours de ces dernières années s’est fortement appréciée.


En effet le réal créé en 1994 en remplacement du cruzado (mis à mal par l’hyperinflation et les hausses de prix de 50% mensuelles) a connu, de 2002 à 2008, les faveurs des cambistes intervenants massivement pour profiter non seulement de la rémunération mais aussi de l’expansion économique. Le réal a évolué au cours de cette période de 3.90 BRL à 1.60 BRL pour un dollar.

Evolution de la parité USD / Real Brésilien :






Quelle est la vraie notion de progrès économique ?


Le ralentissement actuel de la croissance doit constituer une opportunité pour le pays de connaître une baisse supplémentaire des prix, ce qui pourrait favoriser non seulement la demande interne, mais aussi dynamiser l’exportation.


Cet atterrissage économique se concrétise dans l’évolution de la bourse de Sao Paulo (BOVESPA) qui perd 14% sur une année glissante mais reste malgré tout largement bénéficiaire depuis dix ans avec des valorisations qui se sont envolées de près de 400%.


Evolution des taux d'inflation et des taux directeur brésiliens :


En blanc : Les taux directeur de la banque centrale brésilienne
En orange : Le taux d'inflation

La baisse des taux pourrait attirer davantage les investisseurs sur les actions (en sachant que le PER moyen de l’indice de référence ressort à 11x, ce qui laisse un réel potentiel d’appréciation), et  favoriser la baisse de la devise afin de revenir sur des niveaux de parité plus en adéquation, pour le dynamisme des exportations. En effet, les faibles gains de productivité sont stigmatisés en cas de maintien d’une devise forte. Cela passe par une amélioration de la qualité de la main d’œuvre qui doit s’apprécier en même temps que la progression du niveau de vie.

L’accession du Brésil dans le cercle des « grandes puissances économiques » n’est pas une fin en soi ; les gouvernants du pays ont conscience que si le niveau de pauvreté s’est éloigné des taux catastrophiques de ces dernières décennies, le réel progrès doit se vérifier avec d’autres critères. Selon l’IDH (Indice de Développement Humain) le Brésil n’arrive qu’en 84ème position tandis qu’au classement des capitales économiques mondiales, Sao Paulo ne se place qu’au 76ème rang.


Ces disparités montrent clairement le chemin à parcourir pour que le pays intègre un jour les pays développés, ce qui fait dire à un responsable politique, que « dépasser les britanniques en terme de PIB ne résout pas tous les problèmes ; le pays ne pourra avoir de repos tant que la misère ne sera pas globalement éradiquée et que la population ne souffrira plus de la faim ». Voila le réel défi que devra relever le Brésil lors de la prochaine décennie.

 

 

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article
7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 16:05

Avec le 21è siècle, d'importants changements sont apparus dans l'équilibre des pouvoirs tel qu'on les connaissait jusqu'alors, suivi de conséquences évidentes sur la politique et l'économie internationale. Dans ce contexte, le Brésil a commencé à contester l'influence hégémonique des puissances traditionnelles, dans au moins une région du monde : l'Afrique.

 

L'ex-Président Lula parlait de “dette historique” du pays envers le continent africain. Il faisait certainement allusion au trafic négrier auquel des Brésiliens ont participé. Dans un texte publié sur la page “Racismo Ambiental” ou “Racisme Environnemental” , les auteurs Luiz Fabbri et Matilde Ribeiro traitent de l'héritage de cette dette par la société brésilienne (NdT : sous la forme de racisme et d'injustices sociales à l'encontre de certains groupes ethniques, en particulier les noirs, qui continuent bien souvent à vivre quelque chose comme l'esclavage de l'époque) :

Com efeito, foram traficantes brasileiros, em associação com grandes latifundiários, ou seja, as elites econômicas imperiais, que tomaram as rédeas do tráfico para o Brasil. Embora o país tenha evoluído desde então, os herdeiros dessas elites, e em alguns casos inclusive seus descendentes diretos, continuam tendo um enorme peso na vida política e na economia do país.

En effet, se furent des trafiquants brésiliens, en association avec de grands propriétaires terriens, en clair, les élites économiques impériales, qui tinrent les rennes du trafic en direction du Brésil. Malgré le fait que le pays ait évolué depuis cette époque-là, les héritiers de ces élites, et dans certains cas leurs descendants directs, continuent à avoir un énorme poids sur la vie politique et l'économie du pays.
África Brasil. Foto de Rafael Alvez no Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

Afrique Brésil. Photo de Rafael Alvez sur Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Ainsi, le Brésil affirme payer sa dette par le biais d'accords de coopération dans les domaines de l'agriculture, de la médecine tropicale, de l'enseignement technique, de l'énergie et de la protection sociale. Dans le même temps, des multinationales brésiliennes et des ONG ont commencé à inclure l'Afrique dans leurs plans, ce qui fait coïncider le Brésil émergent avec la nouvelle Afrique.

 

Il existe de bonnes raisons à cet intérêt soudain. Au cours de la dernière décennie, l'Afrique a fait preuve de résistance aux crises économiques et plusieurs pays ont affiché une forte croissance, ce qui explique l'investissement des groupes brésiliens, principalement dans l'infrastructure et l'aide au renforcement des capacités institutionnelles.

 


Le Brésil est le seul pays d'Amérique latine qui dispose d'une politique étrangère spécifique pour le Moyen-Orient et l'Afrique. Toutefois, ce qui attire l'attention, c'est que cette politique ne se fonde que sur des relations à caractère commercial. Ce fut ainsi pour la question iranienne et ensuite pour le conflit arabo-palestinien.

 

Comme on l'a vu ensuite, la proposition pour la question iranienne n'a pas tenu devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies et la tentative de médiation entre Israéliens et Palestiniens a été pratiquement ignorée. Sur cette question, le Garden Blog exprime une critique cinglante envers la stratégie diplomatique brésilienne au Moyen-Orient et alerte:

A realidade não demorou a lançar um tijolo na nossa testa. Quando se trata de grana e território, países não perdem tempo com licores e charutos. O  que importa são definições: amigo ou inimigo, contra ou a favor, sérvio ou bósnio, judeu ou muçulmano. […] Se existe uma região do globo onde os perigos são catastróficos e as recompensas meramente simbólicas, é esta.

La réalité n'a pas tardé à nous revenir en pleine figure. Lorsqu'il s'agit de fric et de territoire, les pays ne perdent pas de temps en liqueurs et en cigares. Ce qui importe, ce sont des définitions : amis ou ennemis, pour ou contre, serbe ou bosniaque, juif ou musulman. […] S'il existe une région au monde où les dangers sont catastrophiques et les récompenses tout à fait symboliques, c'est bien celle-là.
Presidenta Dilma Rousseff com Embaixadora da Guiné-Bissau, Sra. Eugénia Pereira Saldanha Araújo, 2011. Foto Germano Corrêa/MRE no Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

La Présidente Dilma Rousseff avec l'Ambassadrice de la Guiné-Bissau, Mme Eugénia Pereira Saldanha Araújo, en 2011. Photo Germano Corrêa/MRE sur Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Mais en quoi consiste la stratégie brésilienne sur la scène internationale ? Depuis la re-démocratisation du Brésil dans les années 80, une des questions récurrentes de son agenda diplomatique a été la demande d'une réforme, d'une redistribution des cartes de l'ordre politique et économique international et l'Afrique est une des plateformes utiles pour de telles ambitions.

 

Mais c'est dans la portée politique que l'on perçoit une différence de traitement dans cette région : tandis que le Brésil s'expose énormément à l'ONU en défense du dialogue dans le dossier iranien, il n'en est pas de même pour le coup d'état en Guiné-Bissau récemment. Ce qui ne parait pas clair aux Brésiliens c'est que - si cette politique de puissance émergente est maintenue - tôt ou tard ils devront prendre parti et même s'engager militairement pour défendre les intérêts de ses sociétés ressortissantes et, enfin, l'investissement économique exigera de ses hommes politiques une prise de position obligatoire !

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 13:02

Le gouvernement brésilien envisage un plan de relance à base de travaux publics, prévoyant un clair volet protectionniste puisque les firmes nationales y seraient avantagées. Il s'agit de relancer une croissance brésilienne devenue molle.

 

Dans le peloton de tête de la croissance mondiale, le Brésil a décroché. Ses homologues des BRICS et autres pays émergents caracolent devant lui, mais le géant latino-américain est retombé dans une période de « croissance molle », bien loin des objectifs de 5 % affichés en début d'année. La banque centrale prévoit désormais 2,5 % pour 2012, soit guère mieux que les piètres 2,7 % enregistrés en 2011. 339574_0202149159583_web.jpg

 

Face aux performances décevantes de son économie, le ministre brésilien des Finances Guido Mantega multiplie les initiatives pour relancer la machine. Handicapé par la crise de l'Union européenne, son premier partenaire commercial, et par le ralentissement de l'économie chinoise, le Brésil se tourne ainsi résolument vers la consommation intérieure et les marchés publics, à travers les commandes de l'Etat.

Des mesures anti crise

Dilma Rousseff assure d'un ton grave qu'il ne faut pas «  plaisanter au bord du précipice » ou se lancer dans «  des aventures budgétaires ». Mais la présidente brésilienne a bien lancé en moyenne un ensemble de mesures par mois depuis le début de l'année pour conjurer la crise. Au chapitre des achats gouvernementaux, le Brésil va ainsi dépenser 8,4 milliards de reals (3,3 milliards d'euros environ) lors du second semestre, soit quatre fois plus que prévu originellement. La liste des articles, allant de cars scolaires à trente lance-missiles, ressemble à un inventaire à la Prévert. Pour mieux stimuler l'industrie locale, la préférence a été accordée aux produits nationaux pour les fournitures destinées au service public, même s'ils coûtent 25 % plus chers que leurs concurrents étrangers.

Taux bonifiés à « taux zéro » pour les investissements

Dans le même temps, le gouvernement a décidé de poursuivre la baisse des taux d'intérêt. La Banque nationale de développement économique et sociale (BNDES) a vu son taux de base ramené à 5,5 % par an. De l'aveu du président du patronat Robson Braga de Andrade, cela revient pratiquement à financer les investissements à « taux zéro ». Par ailleurs, les taux de base de la banque centrale, qui ont déjà été ramenés de 12,5 % à 8,5 % par an depuis août dernier, devraient continuer à baisser. Mais, paradoxalement, leur chute prononcée n'a pas encore eu un impact décisif sur l'activité économique. La reprise tarde à se dessiner, et l'impatience devient perceptible. Face aux prévisions pessimistes de Credit Suisse, qui tablait récemment sur une croissance de 1,5 % en 2012, Guido Mantega, qui a dû revoir à la baisse ses propres projections, a réagi vertement en estimant qu'il s'agissait d'une « plaisanterie ».

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article
30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 12:26

Les diplomates brésiliens ont de quoi se réjouir. La Conférence des Nations unies sur le développement durable Rio + 20 n'est pas devenue "la place Tahrir de la crise environnementale", comme l'avait appelée de ses voeux Marina Silva, l'ex-candidate écologiste à la présidence du Brésil. Bien au contraire. Tant sur la méthode que sur le fond, ce sommet a révélé l'habilité du ministère des relations extérieures à imposer son choix et à placer le Brésil parmi les leaders incontournables des pays émergents et du Sud dans ce nouvel ordre mondial tourné vers un multilatéralisme global, débridé et conforme à l'air du temps.

Malgré une pluie de critiques, les dirigeants du palais de l'Itamaraty, l'équivalent brésilien du Quai d'Orsay, ont scellé la conférence avec un accord à minima, médiocre et dépourvu d'ambition mais qui, selon eux, était la seule voie de sortie possible. "La plus honnête", diront-ils. Un consensus par le bas, hanté par la crise, retirant du texte les points qui fâchent, n'accordant que quelques lignes à l'environnement et aucune à l'épuisement des ressources, tout en repoussant les décisions à 2015 sur le développement durable.

 

Rio + 20 a marqué la fin d'un cycle. Et l'avènement de ce que l'on pourrait appeler une " diplomatie de la prospérité", chère aux hommes forts de Brasilia. Un monde où les relations Sud-Sud ont une dimension souvent plus décisive que les relations Nord-Sud. Avec l'économie aux commandes et la politique au service d'un projet de croissance et de modernisation nationale.   pour-la-presidente-du-bresil-dilma-rousseff-l-enjeu-est-de-.jpg

 

Le Brésil a fermé une parenthèse pour en ouvrir une autre. "Que cela plaise ou non, a admis un haut diplomate de l'Itamaraty, présent à Rio, il y a une rupture avec le schéma ancien, un basculement des pouvoirs au profit de l'Inde, de la Chine et du Brésil." Avec le soutien implicite des Etats-Unis, très discrets lors de la conférence et pas mécontents, semble-t-il, de s'en tenir à une tradition de refus des accords et des institutions limitant les souverainetés.

 

En proposant, à moins d'une semaine de l'ouverture du sommet, d'ouvrir un fonds de 30 milliards de dollars (24,02 milliards d'euros) par an pour financer de nouveaux programmes, Itamaraty a joué une partition qui a semblé dépasser les négociateurs européens. Ceux-ci ont fait la sourde oreille. S'isolant un peu plus. Incapables de trouver un consensus et de peser sur la mécanique d'ensemble. Impuissants à proposer une alternative. Comme si l'Europe était dépassée par ce qu'elle avait contribué à engendrer. "Au jeu de la concurrence mondiale, elle a perdu", écrit Geneviève Azam, conseillère scientifique d'Attac et membre de la délégation française. La cohésion du personnel diplomatique brésilien et l'atout que représente son esprit de corps a fait le reste. Avec un argument implacable : les pays "riches" doivent payer s'ils veulent être cohérents.

Dans le passé, on a déjà pu observer le style réactif adopté par le Brésil face à certaines pressions ou lorsque le pays était confronté à des problèmes d'image à l'extérieur. Montré du doigt en tant que "voyou écologique" à la fin des années 1990, en raison notamment de la déforestation de l'Amazonie, le Brésil contre-attaque en accueillant en 1992, à Rio, le Sommet de la Terre, comme le rappelle si justement le politologue et diplomate Alain Rouquié dans son ouvrage Le Brésil au XXIe siècle (Fayard, 2006), au sous-titre évocateur, "Naissance d'un nouveau grand". En 2000, à la Conférence de Durban contre le racisme et la discrimination, le Brésil, dont la " démocratie raciale" ne convainc plus guère, jouera un rôle décisif. 

 

Des indices encore. En 2001, le nouveau cycle de négociations commerciales, lancé à Doha, doit beaucoup à la délégation brésilienne. En 2005, à Brasilia, le pays sera à l'origine de la première rencontre entre le monde arabe et l'Amérique du Sud, Afrique-Amérique du Sud l'année suivante, à Abuja, au Nigeria. Il encouragera les sommets de l'IBAS (Inde, Brésil et Afrique du Sud), des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et poussera à l'avènement au-delà du G8 - le groupe des huit pays les plus industrialisés et la Russie - d'un G20, élargi aux pays émergents. L'ancien ambassadeur Rouquié ajoute : "On pourrait multiplier les exemples du singulier savoir-faire et de la créativité diplomatique d'Itamaraty, qui excelle à transformer les faiblesses et les vulnérabilités en facteurs de prestige et d'influence."

 

Nous y sommes. Le Brésil, qui a toujours cherché sa place dans le monde, l'a peut-être trouvée. Parmi les plus grands. "Le Brésil vainqueur de la globalisation", titre Der Spiegel. Le New Yorker évoque un miracle brésilien sous la plume de Nicholas Lemann, expert de la mondialisation : "Au Brésil, le crime est élevé, le système scolaire faible, les routes mauvaises et les ports en mauvais état. Et pourtant, au sein des plus grandes puissances économiques, le pays a réussi un triple miracle : une forte croissance (contrairement aux Etats-Unis et à l'Europe), une liberté politique (contrairement à la Chine) et une baisse des inégalités (contrairement à tous les pays)."

 

Pour l'heure, la pérennité de ce nouveau statut du Brésil dans le monde dépend des autres géants périphériques comme la Chine et l'Inde. Un rang non seulement difficile à tenir mais qui exige d'être porteur d'un projet d'avenir. Une vision qui semble avoir fait défaut lors du sommet du Rio + 20. Mais qui pourrait trouver corps avec ce Brésil réconcilié avec lui-même, porté par l'émergence d'un modèle social pluriel. A plus ou moins long terme, il faut l'espérer.

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article
8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 15:40

Pour tenter de lutter contre l'exploitation des travailleurs réduits en quasi esclavage au Brésil, la proposition d'amendement constitutionnel portant le n° 438 (PEC 438) vient d'être approuvée au Congrès brésilien le 22 mai dernier.  La proposition approuvée garantit l'expropriation immédiate, sans droit à indemnisation,  des propriétés où “les agents du gouvernements attestent l'existence de conditions de travail semblables à l'esclavage ou des formes analogues d'exploitations de main-d’œuvre dans une propriété déterminée, que celle-ci soit rurale ou urbaine”.

 

Jusqu'alors, les terres confisquées allaient à la réforme agraire et, pour les cas en milieu urbain, servaient aux programmes constructions de logement sociaux. Ce fut précisément l'ajout d'immeubles urbains au projet de loi qui entraina ce retour devant la chambre des députés, retour qui s'est fait attendre durant 7 ans. Le vote de la PEC, qui  selon la députée  Rosinha, fut ajourné au moins 37 fois, a dû attendre cette approbation pendant 17 longues années, entre les diverses modifications, les rajouts, les votes au Sénat et à la Chambre des députés ainsi que les ajournements de la part du camp des  ”ruralistes” qui, lorsque s'approchait le moment des scrutins, oeuvraient pour  vider le Congrès des députés ainsi que diverses manœuvres politiques pour éviter à tous prix que le quorum nécessaire à l'approbation de la loi ne soit atteint.

 

Deputados comemoram a aprovação da PEC 438. Foto de Rogério Tomaz Jr, usada com permissão

Des députés fêtent l'approbation de la PEC 438. Photo de Rogério Tomaz Jr, utilisée avec permission

L'activiste Rogério Tomaz Jr précise :

"Dois mil, oitocentos e quarenta e um dias. Sete anos, nove meses e onze dias.

Esse foi o tempo decorrido entre a aprovação em primeiro e segundo turnos da proposta de emenda à Constituição (PEC 438/2001) que expropria terras onde for constatada a prática do trabalho escravo.

Originalmente proposta em 1999 por um baiano – o senador Ademir Andrade (PSB-PA) – e aprovada numa sessão da Câmara conduzida por um gaúcho, o deputado Marco Maia (PT-RS), a PEC do Trabalho Escravo foi uma rara (e acachapante) derrota dos ruralistas num Congresso onde eles, via de regra, aprovam ou desaprovam tudo que querem."

Deux mille huit cent quarante et un jours. Sept ans, neuf mois et onze jours.

Ce fut le temps nécessaire à l'approbation, entre le premier et le deuxième tour, de cette proposition d'amendement de la constitution (PEC 438/2001) qui exproprie les terres où aura été constatée des pratiques d'esclavage envers les travailleurs.

 

Proposée à l'origine par un bahianais en 1999 - le sénateur Ademir Andrade (PSB-PA ou Parti Socialiste Brésilien de l'état du Pará ) - et approuvée lors d'une session de la Chambre des députés dirigée par un gaúcho (de la région sud du Brésil), le député Marco Maia (PT-RS ou Parti Travailliste de l'état de Rio Grande do Sul), la PEC sur l'esclavage représente une rare (et écrasante) défaite des ruralistes dans un Congrès où d'habitude, ils approuvent ou désapprouvent à leur gré tout ce qu'ils souhaitent.

 

Le projet initial de la PEC 438 date de 1995 - à la Chambre des députés -, lorsque le député Paulo Rocha, du Parti des Travailleurs de l'état de Bahia proposa un projet permettant la saisie de toute propriété rurale où serait constaté un recours à une main d’œuvre en conditions analogues à celles du travail esclave, et de 1999 - au Sénat -  avec le sénateur Ademir de Andrade, du PSD de l'état du Pará, qui la modifia en  2001, pour la transformer PEC 438, destinant alors les terres confisquées à la réforme agraire. Depuis lors, la bataille pour son approbation était lancée.

 

La proposition avait été approuvée par le Sénat et à l'occasion d'un premier tour, à la Chambre des députés en août 2004, avec 326 voix pour, 10 contre, et 8 abstentions. Vu que les propositions de lois qui altèrent la Constitution requièrent un vote sur deux tours pour être approuvées, la PEC 438  attendait le deuxième et devait être approuvée par les trois cinquièmes du total des 513 député(e)s fédéraux, mais elle avait toujours été renvoyée aux calendes par les députés du fameux groupe des Ruralistes, fréquemment critiquée pour ses politiques “rétrogrades” dans le secteur agraire brésilien et dans l'agro-industrie. 


 

Elle a finalement été approuvée avec 360 voix pour, 29 contre et 25 abstention, totalisant ainsi 414 voix.

 

Levantamento da ONG Repórter Brasil com fotos e nomes dos deputados que votaram contra a PEC 438.

Résultat d'une enquête de l'ONG Reporter Brasil avec les photos et les noms des députés qui ont voté contre la PEC 438.

 

Le blogueur et activiste Leonardo Sakamoto commente en partie les raisons d'un vote si long et difficile :

Os ruralistas e contrários à proposta defendem a aprovação de uma lei que defina o conceito de trabalho escravo, diminuindo as situações possíveis de caracterizá-lo. Os favoráveis à proposta e o governo afirmam que não há necessidade e que o conceito de trabalho escravo já é claro no artigo 149 do Código Penal, defendendo a aprovação de legislação infraconstitucional apenas para regulamentar a expropriação, garantindo que ela ocorra após decisão judicial transitada em julgado.

Les ruralistes et les “contre” la proposition de loi défendent l'approbation d'une loi qui définisse le concept de travail esclave, diminuant ainsi les situations où il pourrait être caractérisé. Les “pour” ainsi que le gouvernement affirment qu'il n'y a pas de nécessité de revoir un concept (du travail esclave) déjà énoncé clairement dans l'article 149 du Code Pénal, ne défendant l'approbation de la législation infra-constitutionnelle que pour réglementer l'expropriation, en garantissant qu'elle ait lieu après décision judiciaire, prise lors d'un jugement en bonne et due forme.
Deputados comemoram e cantam o hino nacional com a bandeira brasileira. Foto de Thiago Skárnio sob licença CC

Des députés célèbrent la victoire en chantant l'hymne national avec le drapeau brésilien. Photo de Thiago Skárnio sous licence CC

 

Le journaliste conservateur Políbio Braga a applaudi les députés qui ont voté contre la PEC, en affirmant que:

O artigo 149 do Código Penal, fala em condições “exaustivas”, ”degradantes” e “análogas”, mas não conceitua nada. Para efeitos de expropriação da propriedade rural ou urbana, tudo ficará submetido ao arbítrio do fiscal da DRT.

L'article 149 du Code Pénal parle de conditions “éreintantes”, “dégradantes” et “analogues”, mais ne conceptualise rien. Quant à l'expropriation de la propriété rurale ou urbaine, elle restera soumise à l'arbitraire de la décision du contrôleur de la DRT (Delegacia Regional do Trabalho ou l'Observatoire Régional du Travail).

De tels arguments sont fortement contestés par les organismes gouvernementaux et les membres de le société civile qui œuvrent dans la lutte contre le travail d'esclave au Brésil, qui ajoutent que les lois qui conceptualisent le travail esclave et prévoient les mécanismes de contrôle et de punitions sont claires et comptabilisent déjà une importante jurisprudence. Cette clarté a encore été  renforcée par la rapporteure des Nations Unies sur les formes contemporaines de l'esclavage, l'Arménienne Gulnara Shahinian.

 

La PEC poursuit désormais son chemin avec le vote au Sénat, où les ruralistes espèrent provoquer un débat afin de discuter et de redéfinir le concept de “travail esclave”, malgré le fait que celui-ci soit déjà bien défini dans le Code Pénal, en ayant pour objectif de restreindre la définition pour les cas extrêmes excluant ainsi les situations de dégradations et de violations des droits de l'homme, qu'ils considèrent  “moins graves”.

 

 

 

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article
1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 12:59

Vous avez bien raison de chercher d'autres sources d'informations que celles servies par les actualités télévisées ou les journaux grand-public. En Amérique Latine, en Europe, en Asie et dans le monde entier, il en est ainsi depuis le début du 21ème siècle : les meilleures informations, les vraies opinions, basées sur des faits dûment vérifiés, les commentaires les plus pertinents, se trouvent dans les blogs et sur les réseaux sociaux, dans les revues éditées par des universitaires ou des activistes.

 

La Revista Ocas (Revue Ocas, en portugais) est une de ces publications où l'on peut trouver des informations différentes de celles de la presse grand-public au Brésil. En outre, le nom de la revue étant formé par le sigl e: Organisation Civile d'Action Sociale, la publication est le fruit d'un travail volontaire inspiré par les journaux de rue qui fleurissent de part le monde, et en particulier The Big Issue [en anglais] diffusé à Londres depuis les années 1990.

 

Les fondateurs de Ocas ont tenu à suivre, au Brésil, cet exemple de créer des opportunités d'emploi pour les personnes en situation de risque social. Et c'est en percevant le potentiel de ces volontaires à travers tout le pays, que l'International Network Street Papers [en anglais] (INSP) a soutenu l'initiative de concevoir une revue qui serait commercialisée par des sans-abris. Vous avez bien lu, des sans-abris. Et elle est déjà en circulation dans les rues de São Paulo et de Rio de Janeiro depuis 2002.

 

Ocas #61. Ilustração de Alex Senna partilhada no Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

Ocas nº 61, "investissez dans l’Être humain"peut-on lire en pied-de-page. Illustration de Alex Senna partagée sur Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

L'équipe éditoriale explique [en portugais, comme les liens suivants] :

Le but est de fournir des instruments de reconquête de l'estime de soi pour les vendeurs, en créant des mécanismes afin que l'individu devienne son propre agent de transformation, de manière à ce que Ocas ne soit qu'un point de passage, pas un objectif en soi.

André Maleronka, qui participe à la mobilisation de soutien à la revue sur le blog Overmundo, ajoute:

La revue, en papier journal, s'appuie sur des collaborateurs de poids et sur un mélange d'informations,
de critiques culturelles entrecoupées de compte-rendus d'analyses de politiques urbaines, écrits par des sans-abri, d'anciens habitants de la rue.

Une vidéo de l'organisation explique les dessous de la Revista Ocas vus par ceux qui la font et par ceux qui la vendent:

 

 

Des 4 Réaux que coûtent la revue (1,6o Euros), 3 Réaux (1,20 Euros) reviennent directement aux vendeurs, le Réal (0,40 Euros) restant étant redistribué à Ocas par les vendeurs eux-mêmes, dans une relation de confiance que beaucoup d'entre eux n'ont jamais rencontrée chez leurs autres employeurs. Marisa Suraci, vendeuse de Ocas, depuis les débuts de la revue, a retrouvé une volonté de travailler:

Je demande aux employeurs : qu'est-ce que c'est que cette discrimination qui nous empêche de travailler, dans notre pays ? Des personnes aujourd'hui tributaires d'attentions spéciales, et qui, hier, ont étudié autant qu'ils le pouvaient,  travaillé autant qu'il leur était possible de le faire ? Ocas n'est pas comme les autres employeurs. En plus de m'avoir maintenue à flot financièrement, ils m'ont permis d'améliorer mon état de santé du tout au tout.  J'allais mieux quand je parlais avec quelqu'un, quand je vendais la revue, quand j'étais bien reçue…

Le blog Retinas Urbanas (Rétines Urbaines) commente la forme de prélèvement de Ocas et la pertinence du projet:

La seule et unique source de revenus de Ocas est la valeur payée par les vendeurs pour chaque exemplaire du magazine ainsi que d'éventuelles publicités et donations, et de plus, ils organisent des ateliers de création avec des gens de la rue, occasions de découvrir presque à chaque fois un nouveau talent dans le dessin, le texte et même le cinéma. Avec la création de liens, on peut mieux comprendre les besoins les plus urgents de chacun, comme par exemple l'absence de papiers d'identité, ou la nécessité d'un traitement contre la dépendance chimique, et trouver une solution grâce au réseau de partenaires du secteur associatif.

Les dernières éditions n'ont été publiées qu'avec d'énormes difficultés de financement, et à São Paulo et Rio de Janeiro, les deux plus grandes villes du Brésil où le magazine est diffusé habituellement, on peut déjà noter l'absence de vendeurs. L'édition la plus récente - la 80è - n'a pu être imprimée que grâce à un projet de financement collaboratif sur le site Catarse, qui a permis de rassembler en 60 jours, 8.880,00 R$ de dons venant de 89 personnes et entités.

 

 

#ocas80: "Nove anos. 79 edições. 330 mil exemplares vendidos nas ruas. Centenas de pessoas beneficiadas"

ocas80: "Neuf ans. 79 éditions. 330 mille exemplaires vendus dans les rues. Des centaines de personnes ont pu en profiter"

 

Le magazine tient un blog et une page sur Facebook, et il est à la recherche de bénévoles et d'abonnés.

Une pétition en ligne, qui reconnait l'importance du magazine et espère garantir sa continuité, est en circulation. A travers elle, Ocas acquiert un peu plus de légitimité par rapport aux autres institutions, sans parler du plaisir des vendeurs quand ils se rendent compte du nombre de personnes qui commencent à les reconnaitre dans la rue. Les couvertures affichent de grandes personnalités brésiliennes et du monde entier, et traitent de sujets différents avec la responsabilité de qui croit en une société dans laquelle l'information peut venir de tous les citoyens.

 

 

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article
27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 16:18

Les mesures annoncées par le Brésil pour se protéger de la crise internationale en encourageant la consommation ne suffiront pas à relancer la croissance et l'industrie, selon des experts pour qui le principal problème du pays reste son manque de compétitivité.

 

Sixième économie du monde, le Brésil ne pourra pas atteindre le taux de croissance de 4,5% prévu par le gouvernement en début d'année, a admis lundi soir le ministre des Finances Guido Mantega qui a diffusé un document mardi dans lequel il abaisse la prévision officielle à 4%. index-copie-1.jpg

 

"Les perspectives pour cette année baissent. Même si l'économie suit une trajectoire de croissance, c'est une croissance assez faible et le principal symptôme est la chute de l'industrie" de 3% au premier trimestre, a expliqué à l'AFP l'économiste Juan Jensen du cabinet-conseil Tendencias de Sao Paulo.

 

Tendencias vient de ramener de 3,2% à 2,5% sa prévision de croissance du PIB pour 2012. D'autre part, le rapport hebdomadaire de la Banque centrale a montré lundi que les marchés tablaient maintenant sur une croissance de 3,09% contre 3,2% il y a seulement une semaine.

 

Dans l'industrie, les coûts sont très élevés, surtout ceux du travail en raison de la hausse des salaires et il n'y a pas suffisamment de productivité pour compenser cette hausse. De plus, il y a des réductions de recettes", a dit M. Jensen.

Le gouvernement, néanmoins, persiste dans sa stratégie de réduire les impôts et de faire pression sur les banques privées pour qu'elles baissent leurs taux d'intérêt afin de stimuler la consommation dans ce pays de 191 millions d'habitants et qui, en 2010, a enregistré une croissance de 7,5% (+2,7% en 2011).

 

De son côté, la Banque centrale a déjà ramené son taux directeur à 9%.

"On m'a demandé si nous étions préparés à ce qui pourrait arriver en Europe. Je peux vous assurer que nous sommes prêts à 100%, voire 200% et même 300%", a affirmé lundi la présidente brésilienne Dilma Rousseff.

 

"Nous allons résister à la crise en créant des emplois, en investissant dans des infrastructures et des activités sociales pour permettre au pays de croître", a assuré Mme Rousseff qui s'oppose aux mesures d'austérités européennes comme seul moyen de sortir de la crise.

 

Mais, en raison de la crise, ces économistes alertent sur le fait que les investisseurs pourraient être plus timides sur les marchés émergents, que la demande chinoise pour les matières premières chute et que le real se déprécie, ce qui pourrait faire grimper l'inflation.

 

"Si le Brésil n'a pas une forte croissance et ne bénéficie plus du prix des matières premières, il ne sera plus aussi attirant pour les investisseurs étrangers", a prévenu M. Jensen.

 

Mme Zeina Latif, docteur en économie, a relevé que "la consommation est remplacée par les importations et non plus par la production", c'est pourquoi les nouvelles mesures annoncées comme la baisse des impôts à la fabrication de voitures ou les crédits plus faciles pour ce secteur ne suffiront pas.

 

"Il faut s'attaquer aux problèmes structurels comme les coûts du transport, de l'énergie ou de la main d'oeuvre. Les taux d'intérêt ne vont pas résoudre ça et le problème est que si l'industrie est fragile, cela peut contaminer d'autres secteurs" en raison d'une chute des investissements, a-t-elle dit.

 

Les banques peuvent devenir plus réticentes à octroyer des crédits, en raison des taux d'intérêt plus bas et il y a de plus en plus de mauvais payeurs parmi les familles brésiliennes endettées, ont prévenus ces analystes.

 

 

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article
25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 12:49

A quelques semaines de Rio + 20, le sommet mondial sur le développement durable, un collectif d'ONG dénonce les pratiques du brésilien Vale, deuxième plus grand groupe minier au monde.

 

La société minière Vale se trouve de nouveau sous les projecteurs. Un rapport, "Le non-développement durable de Vale 2012", rendu public le 18 avril à Rio, porte des accusations pour le moins sévères contre l'entreprise brésilienne privatisée en 1997. Selon l'organisation Articulation internationale des victimes de Vale (AIVV), qui regroupe 30 mouvements sociaux au Brésil, en Argentine, au Canada, au Chili et au Mozambique, Vale aurait causé en 2010 des dégâts sur l'équivalent d'une superficie de 741,8 km².La société est accusée d'avoir émis, la même année, 89 millions de tonnes de dioxyde de carbone et 6 600 tonnes de particules en suspension, soit 29 % de plus par rapport à 2009. L'émission de dioxyde d'azote a été de 110 000 tonnes en 2010, soit 30 % d'augmentation en un an. Et celle du dioxyde de soufre a atteint les 403 000 tonnes, 25 % de plus qu'en 2009. Ce sont des chiffres officiels figurant en bonne place dans le rapport sur le développement durable 2010 de Vale.8d267e0240cf977bd095741b03a15d54.jpg.png

Selon Andressa Caldas, responsable de l'ONG Justiça Global, le rapport de l'AIVV répond point par point au rapport de Vale, qui est présente dans le secteur des mines, de l'énergie et de la logistique : "Vale viole les droits humains non seulement au Brésil, mais aussi dans les 37 pays où elle intervient [...]. Au Canada, la tentative de Vale de changer radicalement sa relation avec les travailleurs et les syndicats a provoqué les grèves les plus longues de l'histoire du pays", souligne Andressa Caldas. Elles ont duré onze mois, entre 2009 et 2010, à Sudbury et Port Colborne, dans la province de l'Ontario, au sud-est du pays, et dix-huit mois à Voisey's Bay, dans la province orientale de Terre-Neuve-et-Labrador.

 

"La crise mondiale actuelle a été utilisée comme justification pour réduire les salaires, augmenter les journées de travail, licencier en masse, supprimer des acquis sociaux", dénonce le rapport de l'AIVV. En 2012, quatre travailleurs sont morts dans des exploitations minières canadiennes de Vale. La direction de Vale, à Sudbury, a suspendu, le 30 janvier, l'activité de cinq mines après la mort de deux travailleurs ensevelis par un torrent de boue dû à une infiltration d'eau ayant inondé le tunnel où ils opéraient.

 

2405-vale.jpgL'enquête réalisée par le syndicat United Steelworkers a conclu que Vale avait délibérément ignoré les problèmes d'infiltration, alors que cette zone aurait dû être isolée. "Malheureusement, des travailleurs sont morts. La compagnie était consciente que les conditions de sécurité n'étaient pas suffisantes, mais n'a rien fait pour y remédier. Nous faisons pression sur le gouvernement canadien pour qu'il admette la responsabilité pénale de Vale dans ces accidents", a expliqué le dirigeant du syndicat Myles Sullivan, à Rio.

 

Le rapport de l'AIVV brocarde par ailleurs l'entreprise brésilienne sur le non-respect des normes environnementales.

 

 

A Rio, la ThyssenKrupp Companhia Siderúrgica do Atlântico (TKCSA), fruit d'un regroupement entre Vale et ThyssenKrupp Steel, le plus grand producteur d'acier d'Allemagne, possède une usine. A proximité de celle-ci, la population a subi une augmentation de 600 % des particules fines de fer dans l'air [Vale est le premier producteur mondial de ce minerai], selon des chiffres émanant du procureur de la République de l'Etat de Rio, qui avait déjà poursuivi l'entreprise et deux de ses dirigeants pour des faits similaires.

 

Vale est signataire du Pacte mondial de l'ONU [une charte de bonne conduite destinée à promouvoir les pratiques éthiques dans les entreprises], membre du Conseil international des mines et métaux (ICMM) et de l'Indice de développement durable des entreprises de la bourse de São Paulo, qui établissent des principes de responsabilité sociale et environnementale. Pourtant, Vale a été élue "pire entreprise du monde 2011" par The Public Eye Awards, une distinction attribuée chaque année en marge du Forum de Davos par Greenpeace et l'ONG Déclaration de Berne visant à sanctionner les entreprises pour leurs pratiques sociales et écologiques irresponsables. Vale l'a emporté devant la société électrique japonaise Tepco, l'opérateur des centrales nucléaires de Fukushima.

 

L'AIVV va envoyer leur rapport aux organisations internationales de contrôle, telles que l'ICMM ou le Global Reporting Initiative, afin qu'elles fassent pression sur l'entreprise pour qu'elle modifie sa conduite. En 2010, Vale a réalisé un résultat opérationnel de 21,7 milliards de dollars [16,6 milliards d'euros], et, en 2011, de 22,2 milliards [17 milliards d'euros]. Vale a réagi par un communiqué précisant que la société était sensible "à toutes les suggestions et critiques visant à améliorer ses activités. Nous avons conscience que l'activité minière peut avoir des incidences fâcheuses pour les gens. C'est pour cette raison que nous travaillons en association avec les communautés locales et les gouvernements pour trouver des solutions garantissant aux personnes une meilleure sécurité."

 

Le groupe minier a admis l'existence de victimes au Canada. Il précise néanmoins avoir adopté de nouvelles mesures plus rigoureuses pour éviter la répétition de telles situations. Dans son dernier rapport, Vale admet qu'en 2010 il y a eu 11 accidents mortels. Il assure que son objectif est, désormais, de "zéro mort".

 

 

 

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article