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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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  • bruno magniez

CV

Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 17:19

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Version carte postale, le Brésil fait rêver : 8000 kilomètres de côtes, des vagues de ouf et les plus belles femmes du monde.

 

Côté réalité, c’est plus difficile : la pauvreté, l’exclusion, la violence des favelas.

 

Rio de Janeiro a environ 750 favelas regroupant 1,7 millions d’habitants. Cela correspond à 17% de la population de Rio de Janeiro. Le sport tel que le football, le volleyball et de nos jours le surf, a été un des moyens pour les ONG de rentrer dans les favelas. Favela Cantagalo et Pavao-Pavaozinho sont entre les plages de Copacabana et Ipanema sur la colline de l’Arpoador.

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Depuis la fin des années 1990, quelques jeunes de ces favelas ont décidé de se mobiliser afin de sortir les enfants des favelas, à distance des dealers de drogue et de la violence. Arpoador est un des meilleurs spots de surf de Rio de Janeiro. Deux clubs de surf sont nés dans cette 3 en 1 favela. Favela Surf Clube et Surf Gloria essaient de donner un peu d’espoir à ces enfants et pour certains d’entre eux peut être une nouvelle vie en tant que surfer professionnel.

 

Aujourd’hui, à Rio de Janeiro, près d’un habitant sur trois vit dans l’une des sept cents favelas de la ville. Au final, ça fait quand même quatre millions de personnes. Le taux d’homicide est parmi les plus élevés de la planète : près de six mille meurtres par an à Rio !

 

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Pour ceux qui ont vu « La cité de dieu », ce film est presque un documentaire ! Des petits trafiquants qui se tirent dessus, des flics qui font des descentes meurtrières. Le chiffre qui tue ? En cinq ans, dix mille personnes tombées sous les balles de la police de Rio et de Sâo Paulo. Nos CRS sont de gentils agneaux à côté des cops cariocas.

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Bocão termine de réparer une planche qui va bientôt servir à un des kids de la favela de Rocinha.

 

Ricardo Ramos, alias Bocão
C’est là, au cœur de Rocinha, que Ricardo Ramos, plus connu sous le nom de Bocão, a décidé de mettre les mômes des favelas sur la bonne vague.
« On a commencé en récupérant les planches cassées que les touristes laissaient là, raconte-t-il. On manquait de planches ici, mais pas de résine ni de papier de verre. J’ai donc appris à les réparer. Du vrai recyclage mon pote, une vraie deuxième vie pour les boards ! Si elles se re-cassent, c’est pas un problème, on va les re-réparer, si à l’infini nécessaire. Après chaque session, les enfants me disaient : Bocão, Bocão, je veux essayer ! Prête-moi une planche ! J’ai donné les cinq premières que j’ai réparées à mes petits voisins, puis j’ai réparé de plus de plus de planches pour que plus de kids puissent en profiter. Et en 1993, on a créé le Surf Club. On était plusieurs à être bien motivé et aujourd’hui on apprend aux gamins de Rocinha à surfer. Gratuitement bien sûr ! C’est un projet complètement tourné vers l’intégration sociale. »
Au Brésil, le surf est un sport de riches, réservé normalement à une certaine tranche de la population. Donner l’occasion de surfer aux enfants de Rocinha, c’est fissurer les murs d’une société cloisonnée. C’est aussi augmenter les liens entre favelas et beaux quartiers, ouvrir des portes. Au Brésil comme ailleurs, quand les mômes sont dans l’eau, il n’y a plus de différences sociales. Tout le monde surfe, blancs, noirs, jaunes, verts… « Tous dans le même état d’esprit », ponctue Bocão.

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favela Surf Club
Trois fois par semaine, donc, une trentaine de kids suit Bocão sur le chemin des vagues de São-Conrado, un joli beachbreak à deux pas de la favela.
Certains vont à l’école, d’autres travaillent ou mendient, certains ont une famille et une maison, d’autres dorment dans la rue : Bocão ne fait pas de différences et leur transmet à tous sa passion et leur offre même un petit repas après la leçon. À chaque session, c’est la fête, ça rit, ça chante, les gamins sont heureux, pendant quelques heures ils vont tout oublier et profiter à fond.
Échauffements, take-off sur le sable et tous à l’eau. Marée basse, c’est fat aujourd’hui, un peu gros pour les débutants qui prennent les mousses. Bocão guide les plus dégourdis depuis le bord à grands coups de sifflet et de gestes, il accompagne les néophytes en les lançant sur les vagues. L’ambiance est à la bonne humeur,

 

 

 

Pas facile à gérer les mômes ! Fin de la session, retour au Surf Club, on y mange une tambouille qui fait du bien à quelques estomacs trop habitués à jeûner.

 

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Bocão met un point d’honneur à donner un apprentissage qui va au-delà de la pratique sportive, ici on apprend les valeurs essentielles, la vie en collectivité, le respect de l’autre, la politesse. Bocão sait l’importance de ces cours pour ces enfants souvent désœuvrés. Les occuper par le surf, leur remplir la tête de good vibes qu’ils pourront se remémorer et qui pourront les faire rêver. Un gamin qui a un rêve est bien moins tenté de tomber dans les embrouilles, les mauvaises combines et les dangers de la rue.

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Si Bocão se bat un peu tout seul, il reçoit parfois des aides inestimables. C’est comme cela qu’on a pu voir des gars comme Tom Carroll ou Mike Stewart venir surfer avec les kids de Rocinha. De quoi créer quelques vocations.

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De la favela au WCT ?
Plusieurs jeunes ont fait plus qu’accrocher et se verraient bien champion de surf pour échapper à la misère ambiante. Pour le petit Ricardo, le choix est fait : « je veux être surfeur pro, gagner le championnat brésilien et partir habiter ailleurs avec ma mère ». À treize ans, il surfe déjà pas mal et fait partie des gros espoirs du club.

 

Un champion de surf originaire de sa favela ! Voilà qui pourrait bien aider Bocão dans sa lutte contre la délinquance juvénile de son quartier. Un exemple, un but auquel s’accrocher, une réussite à laquelle ils puissent s’identifier, à la manière des footballeurs pro de la selecão, tels Adriano, Juan ou Kafu, tous trois issus des favelas et qui font figures de modèles. Leur présence à la coupe du monde flatte l’ego de tous les habitants des favelas, alors pourquoi pas un surfer, un jour, dans pas trop longtemps si possible…

 

 

 

Bocão a raison d’être fier de l’aide qu’il apporte chaque année à près d’une cinquantaine de gamins turbulents. Tout comme il est fier de nous montrer sa favela, où vivent et travaillent des gens “normaux“, des gens qui s’épanouissent malgré la misère et la pauvreté, tout ça grâce à un petit bout de rêve auquel s’accrocher. Et Bocão, avec sa petite touche de rêve au goût salé, n’y est pas étranger.

 

 

 

 

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Published by bruno magniez
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