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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 10:52

Les opposants à toute remise en cause ont vite fait d’évoquer le spectre de l’Albanie ou de la Corée du Nord pour refroidir toute velléité de remettre en cause la mondialisation. Mais dans la réalité, de nombreux pays prennent des libertés avec les dogmes libre-échangistes, pour leur plus grand bien.

 

Quand le Brésil devient protectionniste

Voici un pays confronté à une monnaie largement surévaluée. En effet, selon l’indice Big Mac de The Economist, le real serait la monnaie la plus chère du monde, surévaluée de 52% par rapport au dollar si on compare le prix du sandwich de Mac Donald’s. Et étant donné le niveau de développement du pays, l’hebdomadaire britannique estime qu’elle est même surévaluée de 149% ! Cela signifie que les produits brésiliens sont mécaniquement trois fois plus chers que les produits chinois.

 

Comme le souligne The Economist, le Brésil a vu sa monnaie s’apprécier depuis deux ans et demi, après un plus bas à 2,4 real par dollar : elle a atteint 1,57 real par dollar. En cause, la forte croissance du pays, qui attire les capitaux mais aussi des taux d’intérêts à 12.5% pour lutter contre une inflation qui a atteint 6.7% en juin. Mais cette cherté de la monnaie nationale fait souffrir l’industrie du pays, dont la production a reculé de 1.6% sur le mois de juin, avec une baisse de l’emploi industriel.

Le Brésil a donc décidé de taxer toute entrée de capital dans le pays ainsi que tous les contrats qui parient sur une hausse du real. Le pays veut privilégier les produits locaux dans les appels d’offre (qui pourront être jusqu’à 25% plus chers que les importations) et se lance dans une expérimentation proche de la TVA sociale (remplacement des cotisations patronales par une taxe sur le chiffre d’affaire) sur quatre marchés : vêtements, chaussures, meubles et logiciels.

 

Le précédent argentin

Je profite de l’occasion pour revenir sur un très bon article de Yann du blog Le bon dosage, où il détaillait la politique suivie par l’Argentine. Le cas de ce pays est un peu atypique depuis 2002 puisque le défaut de Buenos Aires l’a coupé des marchés financiers internationaux, imposant au pays un équilibre de son commerce extérieur pour rester indépendant et éviter d’avoir à vendre des actifs ou utiliser ses réserves pour équilibrer ses comptes avec l’étranger.

 

Le gouvernement argentin veut en effet mettre fin à la dépendance excessive à l’égard de l’extérieur dans certains domaines, notamment le jouet, le textile et l’électroménager. Dans le premier secteur, la production locale est passée de 5% de la consommation en 2003 à 30% aujourd’hui. Et le gouvernement souhaite encore diminuer les importations de 45%. Outre une taxation des importations, le gouvernement a décidé d’interdire les poupées Barbie produites en Chine.

 

Outre les aspects positifs pour l’environnement, la relocalisation des activités productives est une nécessité absolue qui sert un triple objectif : l’emploi, l’indépendance et la lutte contre les monopoles. En effet, les délocalisations massives d’activités productives ont bien un impact très négatif sur l’emploi, comme nous le voyons en France. Mais en plus, la concentration massive de la production en Chine est extrêmement malsaine du fait de la dépendance qu’elle créé.

 

D’ailleurs, les pays asiatiques l’ont bien compris, eux qui ont également adopté des politiques protectionnistes pour développer leur industrie. L’Europe sera-t-elle le dernier continent à comprendre l’intérêt de protéger son industrie ?

 

 

 

 

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Dans un récent article de Slate.fr - "Le Brésil, bouée de sauvetage de l'Europe" - la journaliste Anne Denis met en évidence les forts arguments du Brésil dans la compétition internationale actuelle: banques fortement capitalisées, politique industrielle volontariste, économie s'appuyant sur un marché intérieur en plein essor, taux d'investissement en progrès, chômage en baisse ( 6,4% ), création d'emplois formels qui ont battu tous les records en 2010.

 

Certes, le Brésil est un pays émergent dont les structures sociologiques et économiques ont peu de choses à voir avec la France et l'Europe. Mais force est de constater que ce pays sait se protéger, avec une monnaie au service de la politique que mène le pays, et notamment son industrie et les emplois qui vont avec.

 

C'est dans l'automobile que les dernières décisions du Brésil sont les plus spectaculaires.

 

Il vient de relever de 30% la taxe sur les véhicules importés ou dont le contenu local n'atteint pas les 65%. L'impôt sur les produits industrialisés ( IPI ) est ainsi passé de 11 à 41% pour les véhicules flex-fuel, polycarburant essence-méthanol, et de 13 à 43% pour les véhicules à essence. Cette mesure vise notamment les importations de véhicules chinois et sud-coréens qui étaient entrain d'envahir le marché brésilien.

 

Et Anne Denis de nous signaler que "Brasilia ne semble nullement craindre les accusations de protectionnisme ou une probable plainte de Pékin devant l'OMC".

 

Le journal brésilien "O Estado de Sao Paulo" du 20 septembre dernier met en évidence les déclarations du ministre des Finances du Brésil, Guido Mantega, qui affirme ceci: " Le Brésil a réussi à conserver un bon marché automobile. Mais aujourd'hui les importations augmentent dans la consommation intérieure et nous courons le risque d'exporter des emplois vers d'autres pays. L'objectif de cette mesure est de stimuler les investissements R/D, d'attirer les investissements au Brésil et de protéger l'industrie nationale de le concurrence des importations."

 

Quand on vous dit que la démondialisation à la brésilienne n'attend pas l'Europe...

 

 

 

NB: En photo, Guido Mantega, Ministre des Finances du Brésil.

 

 

 

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Published by bruno magniez
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