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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 15:10

En théorie, accueillir la Coupe du Monde doit être, pour le Brésil, l’illustration éclatante de son rayonnement international. Le monde a d’ailleurs, depuis des semaines, les yeux braqués sur le pays du beau jeu, quintuple vainqueur du Mondial : campagnes de publicité, médias, marques et collections d’été se sont mises aux couleurs brésiliennes, sans lésiner sur les clichés. «Le football est un instrument du soft power particulièrement visible et populaire. Le prestige qu’il confère n’est pas agressif: la Sélection brésilienne domine, tout en suscitant l’admiration», expliquait récemment  Pascal Boniface, directeur de l’Iris.

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Pourtant, l’ambitieux leadership international que l’ancien président Lula a cherché à développer –et que l’organisation de la Coupe du monde en 2014 et des Jeux olympiques en 2016 était censé symboliser– a perdu de sa visibilité. «Quand il s’est porté candidat [en 2006 pour les JO, en 2007 pour le Mondial], le Brésil était dans une phase de grande affirmation de son développement et de projection à l’international», rappelle Yves Saint-Geours, ancien ambassadeur de France à Brasilia.

Une forme de révolution pour un pays-continent jusqu’alors très autocentré. Lula entamait un deuxième mandat triomphal. Sa politique de redistribution sociale (Bolsa Famila) faisait sortir des millions de personnes de la grande pauvreté, la croissance était au zénith, la confiance -l’arrogance diront certains- aussi.

«Aujourd’hui, les conditions économiques ont bien changé», souligne Yves Saint-Geours. Comme les autres grands émergents, le Brésil s’est fait rattraper par la crise, sa croissance est en berne et la fronde sociale qui a éclaté il y a un an (pour réclamer plus de moyens pour les transports, l’éducation et la santé), a resurgi ces dernières semaines, altérant l’image idyllique que les médias internationaux renvoyaient du pays il y a encore deux ans.

Dilma Rousseff et l’héritage de Lula

En dehors même de ces difficultés intérieures, la voix de la septième économie mondiale se fait-elle encore entendre à l’étranger ? Où sont les retombées (hors foot) du fameux soft power de Lula, président ex-métallo ultra charismatique, star du G20 et autres cénacles multilatéraux, adepte d’un monde multipolaire, du dialogue sud-sud et du rapprochement avec l’Afrique, sans cesse à l’œuvre pour réactiver le rôle de l’ONU, se poser en porte-parole des pays émergents et en médiateur, sans pour autant s’aliéner la sympathie des grandes puissances occidentales ?

Pour Christian Ghymers, économiste et président de l’Irelac, Dilma Rousseff, qui lui a succédé à la présidence, galvaude l’héritage:

«Grâce à son influence personnelle, Lula avait réussi à développer une vraie stratégie pour rendre le Brésil crédible sur la scène internationale.»

Son pragmatisme, estime-t-il, lui a permis de prendre ses distances par rapport au dogme du PT (Parti des travailleurs) et d’éviter par exemple l’affrontement avec les Etats-Unis, en «s’associant même avec eux au cas par cas comme pour l’accord de coopération dans l’éthanol, négocié directement avec Bush». Tout en affirmant son indépendance via la création de l’Unasur (Union des nations sud américaines) ou en flirtant avec les adversaires déclarés de Washington (quitte, parfois, à déraper).

En 2011, sans jamais cesser d’afficher son amitié avec son homologue vénézuélien Hugo Chavez, il a, selon de nombreux observateurs, discrètement aidé Ollanta Humala à accéder à la présidence du Pérou, puis l’a convaincu d’adopter le modèle Lula, plutôt que celui de la Révolution bolivarienne.

Christian Ghymers, qui rappelle que le budget de la Défense a augmenté de 30% pendant ses deux mandats (2003-2011), met aussi en avant l’habileté de l’ancien président pour garder la main face au puissant ministère des Affaires étrangères, «Itamaraty», Etat dans l’Etat constitué de «professionnels compétents mais dogmatiques», parfois accusés de privilégier une politique hégémonique à l’égard des voisins latino américains. Le commandement de la mission onusienne en Haïti (9.000 soldats brésiliens sur place depuis 2004) ou les tentatives de médiation en Palestine sont signées Lula, et non Itamaraty.

Moins charismatique et moins souple que Lula, Dilma Rousseff n’a, elle, pas pris de gants, en août dernier, pour virer son ministre Antonio Patriota, poids lourd d’Itamaraty, afin d’apaiser un incident diplomatique avec la Bolivie. «Mais elle n’est nullement parvenue à s’imposer face à cette superstructure», estime Christian Ghymers, imputant à l’influence d’Itamaraty les récentes mesures protectionnistes brésiliennes.

L’échec de l’intégration latino américaine

Bernardo Sorj, ancien professeur de l’Université fédérale de Rio de Janeiro, est, lui, bien plus sévère sur le bilan diplomatique de Lula lui-même, ne voyant dans Dilma que sa créature. Concernant l’intégration latino-américaine chère à l’ancien président,«ses initiatives n’ont pas du tout fonctionné. Le Mercosur [union douanière entrée en vigueur en 1995 regroupant le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et, récemment, le Venezuela] est moribond alors que, parallèlement, la récente Alliance du Pacifique, qui va contre les intérêts du Brésil, est en plein essor.»

La plupart des analystes voient de fait dans cette Alliance libérale, fondée en 2011 par le Mexique, le Chili, le Pérou et la Colombie, une riposte au Mercosur, mais surtout à la puissance économique et démographique du Brésil, jugée parfois écrasante et trop protectionniste par les petits pays de la zone. Dominée par le Mexique, rival régional historique de Brasilia, cette Alliance progresse en outre très vite avec la signature début 2014 d’un accord de libre échange, l’adhésion en cours du Costa Rica et du Panama, et une Cour de pays observateurs dont la Chine, les Etats Unis et la France. De quoi venir irriter le Brésil dans son pré carré du Cône sud.

Quant à la coopération sud sud et à celle entre BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), «ce ne sont que des opérations de prestige qui ont surtout servi l’image de Lula, ajoute Bernardo Sorj, qui rappelle que «ni la Chine ni la Russie n‘ont besoin de l’avis du Brésil». Sans parler du siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, que le Brésil revendique depuis longtemps, sans succès jusqu’à présent, malgré une énergique pêche aux voix.

Brasilia au centre du jeu

C’est un fait, la première économie latino-américaine n’est pas encore le «global player» qu’elle rêve de devenir. De là à conclure qu’elle n’a pas, en 10 ans, affirmé sa présence à l’international serait absurde.

A cet égard, la réaction en septembre dernier de Dilma Rousseff au scandale des écoutes de la NSA (qui la visaient personnellement), est intéressante. Plus carrée, plus radicale sans doute que ne l’aurait été Lula (encore qu’il est difficile de croire que son mentor ne l’ait pas conseillée sur ce dossier), la présidente laisse aussitôt éclater son indignation, annule sa visite d’Etat à Washington, exige à la tribune de l’ONU «des excuses et des garanties», prône une réforme de la gouvernance du Web (sous domination américaine) et organise en avril dernier à Sao Paulo un sommet sur le sujet , NETMondial avec l’approbation de nombreux Etats dont l’Allemagne, mais aussi ses homologues des BRICS.

Il est trop tôt pour mesurer l’efficacité de cette initiative mais il est clair que le Brésil a résolument été à la manœuvre pour mettre les pieds dans le plat, entrainant à sa suite les grands émergents, face à Washington. Cette démarche antiaméricaine n’est pas exempte d’arrière-pensées électorales, mais elle a placé Brasilia au centre du jeu.

La diplomatie économique

Mais c’est sans doute via ses multinationales que le Brésil exerce le plus efficacement son influence. Le constructeur aéronautique Embraer, le groupe minier Vale, le leader mondial de la bière ABInBev, le géant de la viande JBS Friboi ou les conglomérats du BTP en sont autant d’exemples. Dans leur sillage, d’autres entreprises sont incitées à franchir les frontières, avec le soutien de la très puissante banque nationale de développement, la BNDES.

C’est par ce biais que Brasilia tente de s’imposer en Afrique, en y soutenant l’essor de ses groupes de construction (et d’hydroélectricité), notamment dans les pays lusophones. «Il n’y a qu’en Angola que cette stratégie a porté ses fruits», tempère Bernado Sorj. Le groupe Odebrecht y est d’ailleurs le premier employeur privé.

Certes, face au bulldozer chinois, le Brésil ne pèse pas lourd sur le continent noir, mais il progresse vite: en 10 ans, ses échanges commerciaux ont quintuplé, le nombre de ses ambassades est passé de 17 à 32, la BNDES a ouvert des bureaux à Johannesburg, la très dynamique banque d’investissement BTG Pactual y a créé un fonds d’1 milliard de dollars...

«Le plus grand pays africain du monde»

Avec des atouts culturels bien spécifiques ainsi résumés par André Clark Juliano, vice président du groupe de construction Camargo Corrêa :

«Par sa population, le Brésil est le plus grand pays africain du monde. Nous n’y allons pas avec un passé de pays colonisateur mais bien de pays colonisé.»

Une forme de soft power certes moins spectaculaire que du temps de Lula, mais qui semble bel et bien entré dans les gènes de cette démocratie de 200 millions d’habitants, un des seuls pays au monde à avoir défini ses frontières pacifiquement et à n’avoir jamais, en près de 150 ans, connu de conflit militaire avec ses voisins.

 

 

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Published by bruno magniez
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