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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 10:00

Le Brésil est devenu en 2010 la septième économie du monde, devançant l'Italie. Le géant sud-américain a enregistré une croissance de son produit intérieur brut (PIB) de 7,5 %, la meilleure depuis un quart de siècle. Elle a été tirée par le secteur industriel (+ 10,1 %), notamment l'extraction minière, la construction civile et l'industrie de transformation. Suivent le secteur financier, l'agriculture, le commerce et les services.

 

La croissance s'accompagne d'autres facteurs favorables. L'emploi est en hausse de 3 %. La consommation des ménages a crû de 7 %, indice qui progresse pour la septième année consécutive. Cette expansion de la demande résulte de l'essor du crédit - notamment celui alimenté par les banques publiques soucieuses d'atténuer la récession due à la crise financière - et du gonflement des dépenses budgétaires par le gouvernement de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva dans la perspective du scrutin présidentiel d'octobre 2010.

 

L'actuelle présidente, Dilma Rousseff, s'est réjouie de la croissance, qu'elle a qualifiée de « raisonnable », jugement pour le moins modeste : en 2009, le PIB du Brésil avait reculé de 0,6 %. Mais la performance de 2010 peut être relativisée, lorsqu'on l'inscrit sur une plus longue période et dans un cadre mondial. Au cours des années 2000, la croissance annuelle moyenne du Brésil a atteint 3,6 %, contre 2,6 % au cours de la décennie précédente. Pendant la présidence Lula (2003-2010), elle a été de 4,1 %.

 

Ce dernier chiffre plaçait le Brésil au 16e rang mondial, loin derrière la Chine et l'Inde, mais aussi après d'autres pays sud-américains : Argentine, Pérou, Colombie ou Chili. La progression annuelle du PIB au cours de la décennie est aussi plus faible quand on la calcule par habitant : 2,4 %, soit tout de même plus du double de celle enregistrée lors de la décennie 1990.

 


La relative prudence de Mme Rousseff est légitime : elle sait que le Brésil ne retrouvera pas de si tôt un chiffre comparable à celui de 2010. Consciente des dangers d'une surchauffe, elle souhaite, pour les prochaines années, une croissance de 4,5 % à 5 %, moins forte mais « plus équilibrée ». Les experts la voient à 4 % pour 2011.

 

Un rythme de progression plus rapide serait « insoutenable », souligne Monica Baumgarten de Bolle, économiste à l'université de Rio. Laisser augmenter la demande sans accroître l'offre ne ferait qu'attiser un peu plus l'inflation, qui a atteint 5,9 % en 2010, au-dessus de l'objectif officiel de 4,5 %. A court terme, la hausse des prix, nourrie en partie par la flambée des cours des matières premières, reste la principale préoccupation d'un pays encore traumatisé par le souvenir de l'hyperinflation des années 1980.

 

Pour « refroidir » l'économie, Brasilia a amputé le budget 2011 de quelque 22 milliards d'euros. La banque centrale du pays, qui a déjà les taux d'intérêt réels les plus élevés du monde, a augmenté à deux reprises son taux directeur (11,75 %). Une nouvelle hausse devrait avoir lieu en avril.

 

A plus long terme, le Brésil doit soigner ses maux récurrents : la saturation de ses infrastructures, qui s'explique en partie par l'insuffisance de l'investissement, la faiblesse de l'épargne, le manque de main-d'oeuvre qualifiée liée à la médiocrité de l'éducation.

 

En 2010, l'investissement a fortement progressé (+ 22 %). Mais il ne représente que 18,4 % du PIB, six points en dessous du niveau souhaité pour tenir une croissance de 5,5 %. En comparaison, la Chine consacre à l'investissement 48 % de son PIB, l'Inde, 33 %. En matière d'éducation, le Brésil se situe au niveau du Zimbabwe, avec une durée de scolarité moyenne de 7,2 années. Et il est au 70e rang du classement de l'indice de développement humain des Nations unies, qui prend en compte la pauvreté et les inégalités sociales.

 

Prudence encore, le Brésil souffre d'un certain nombre de handicaps.

 

Immense et riche pays émergent, forte croissance, faible chômage, recherche main-d'oeuvre de qualité : ainsi pourrait-on définir sommairement le Brésil d'aujourd'hui, tandis que sa présidente, Dilma Rousseff, a lancé un ambitieux programme de formation des jeunes pour pallier l'une des grandes faiblesses de l'économie : la pénurie de travailleurs qualifiés.

 

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L'offre de bras et de cerveaux ne répond pas à la demande attisée par la croissance (7,5 % du produit intérieur brut, PIB, en 2010). Deux employeurs brésiliens sur trois disent rencontrer des difficultés pour recruter une main-d'oeuvre adéquate.

 

C'est particulièrement le cas dans les secteurs en pleine expansion : la construction civile, dopée par un ambitieux programme de logements sociaux et par les projets d'infrastructures liés à la préparation de la Coupe du monde de football (2014) et des Jeux olympiques à Rio (2016) ; l'exploitation minière, encouragée par la flambée des cours mondiaux ; celle de l'énergie, stimulée par les riches découvertes de pétrole et de gaz en eau profonde.

 

Le Brésil forme moins de 40 000 ingénieurs et architectes par an, mais l'industrie et la construction en demandent  60000. A l'inverse, par rapport à ses besoins, le pays produit trop de diplômés dans les matières littéraires et artistiques (20 000), et 10 000 psychologues.

 

Ces déséquilibres ont plusieurs effets néfastes. Ils réduisent la productivité du travail et la compétitivité des entreprises, contraintes de renoncer à certains projets, faute de pouvoir les mener à bien efficacement et en temps voulu.

 

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Ce livre de l'économiste Alexandre Barbosa de Freitas est une contribution importante à la compréhension du processus de formation du marché du travail brésilien. En embrassant une période historique qui va de l'esclavage à nos jours, le chercheur propose un aperçu en profondeur sur le sujet, expliquant et analysant les problèmes inhérents au processus de consolidation du salariat au Brésil.

 

 

 

 

Selon l'économiste Norman Gall, la compagnie d'Etat Petrobras utilise jusqu'à six fois plus de main-d'oeuvre que ses homologues étrangères pour compenser partiellement la pénurie d'ingénieurs.

 

Les grosses rémunérations versées aux salariés haut de gamme qu'on s'arrache alimentent l'inflation. Tout cela alourdit le « coût Brésil » des projets, déjà grevés par une fiscalité pesante, les lenteurs de la bureaucratie, une législation du travail complexe, rigide - quelque 900 articles dont certains ont valeur constitutionnelle - et systématiquement défavorable aux employeurs.

 

Une solution provisoire consisterait à accueillir plus d'étrangers hautement qualifiés. Le Brésil y rechigne. Cette grande nation chaleureuse se définit volontiers comme ouverte au monde et hospitalière. Mais cet autoportrait est plus juste en matière de tourisme que d'emploi.

 

Préférence nationale


Selon une étude publiée par la société d'analyse The Economist Intelligence Unit, portant sur le degré d'ouverture des trente plus grands pays, le Brésil n'arrive qu'en 23e position : le nombre d'immigrés légaux - 1 million - ne représente que 0,5 % de sa population (contre 2 % au Chili ou 4 % aux Etats-Unis).

 

Les gouvernants assument ce protectionnisme, au nom de la préférence nationale. Le ministre du travail, Carlos Lupi, défend l'idée qu'il n'est « pas possible de donnerdes autorisations de travail à des étrangers pour des fonctions susceptibles d'être exercées par des Brésiliens ».


Il préfère accepter que la pénurie se prolonge, plutôt que de la combattre en accueillant des contingents de professionnels dûment sélectionnés en fonction des besoins prioritaires de l'économie. En attendant, faute d'une politique globale d'immigration, les visas de travail continueront d'être accordés au coup par coup.

 

La présidente, Dilma Rousseff, est résolue à attaquer le mal à la racine. Elle a annoncé, jeudi 28 avril, que l'Etat financerait massivement un « programme national d'accès à l'enseignement technique » (Pronatec). Objectif : former 3,5 millions de nouveaux travailleurs d'ici 2014, dont 500 000 dès cette année. Sont visés en priorité les étudiants du secondaire public, les jeunes chômeurs et les bénéficiaires de la « bourse famille », l'allocation sociale versée aux familles pauvres.

 

Les cours seront donnés dans les établissements techniques. Cent vingt nouveaux centres de formation seront créés, et 3 000 enseignants recrutés.

 

Les secteurs visés figurent parmi les plus demandeurs : la construction civile, les services, notamment hôteliers, et les technologies de l'information. Avec, pour horizon, les deux grandes échéances sportives planétaires de 2014 et 2016.

 

 

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Published by bruno magniez
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