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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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  • bruno magniez

CV

Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 17:54

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En 1978, le Movimento Negro Unificado décrète le 20 novembre, jour national de la conscience noire au Brésil.

A l'origine, le 20 novembre est l'anniversaire de la mort de Zumbi dos Palmares, personnage du XVII ème siècle qui symbolise au travers de sa révolte, la résistance noire face aux colons. Cette date est alors considérée pour beaucoup comme le véritable début d'abolition de l'esclavage. Souvent on l'oppose au 13 mai 1888, date à laquelle la princesse Isabel déclare l'abolition.

A la recherche de racines et d'identité, la légende de Zumbi s'est vu réapropriée par de nombreux mouvements afros à partir des années 70. Ainsi, de fil en aiguille cette journée est aussi devenue le jour de la capoeira et des diverses représentations de résistance noire au Brésil.

 

Roger Sidokpohou, écrivain français d’origine béninoise, installé au Brésil, nous raconte et donne son point de vue sur cette journée de commémoration de la conscience noire célébrée au Brésil depuis 2003.

 

Zumbi dos Palmares- Salvador - copyright S.O

 

Né au Burkina Fasso en 1948, Roger Sidokpohou a passé 23 ans en Afrique, puis 23 ans en France.
Il est au Brésil depuis 16 ans où il a été en poste pour une société française d’assurances et membre du Directoire de la Chambre de Commerce France-Brésil de São Paulo.
Il a écrit trois ouvrages sur l’Afrique,
Les Années lumière en 2003, le Griot en 2007 et Nuit de Mémoire, en 2009, une oeuvre sur la mémoire de l’Afrique face à la traite négrière.
En 2000, à l’occasion de la commémoration des 500 ans du Brésil, il reçoit le titre de Commandeur dans l’Ordre du Mérite Civique Afro-Brésilien qui se dit en portugais “Commendador na Ordem Cruz do Merito Memoria e Atma de Zumbi”.

 

Qui était pour vous Zumbi dos Palmares?

Zumbi dos Palmares incarne la lutte pour la liberté. Son histoire se situe dans le Brésil du 17ème siècle où Salvador était alors la capitale. Zumbi est né à une période de résistance qui sévissait principalement dans le Nordeste, à Bahia et dans le Pernambuc, principales régions de plantations de canne à sucre.

 

A cette époque des mouvements de révolte sont concentrés dans les Quilombos, communautés territoriales d’esclaves, d’indiens ou de blancs marginaux en fuite. Les Quilombos deviennent progressivement un ensemble de villes fortifiées, organisées politiquement et socialement pour résister aux colonisateurs. La plus célèbre des Quilombos étaitPalmares car elle a résisté, tout au long du 17ème siècle, aux portugais et aux hollandaise.

Zumbi nait libre à Palmares. Vers 1655 la ville est attaquée par les armées portugaises. Zumbi, qui a 6 ans, est fait prisonnier et donné à au père Antonio Melo qui l’élève comme son enfant, l’éduque, l’instruit au latin, au portugais et au catholicisme.

 

A 15 ans, formé à l’occidentale, il atteint la maturité qui lui fait prendre conscience de l’injustice qui l’entoure, du désir de liberté de ses “frères et soeurs” à la chicotte. Il s’enfuit de la paroisse pour retourner àPalmares.

En arrivant il est l’instruit, le “sachant”. Le Roi du Quilombo de Palmares, Ganga Zumba, son oncle, le promeut à de hautes fonctions d’administration de la Cité. A cette époque dans les Quilombos, la préservation de l’identité africaine constituait, avec les coutumes, le ciment communautaire. Courageux, doué d'une bonne capacité d'organisation et de commandement, il devient un grand chef.

Le grand tournant de sa vie s’opère lorsqu’il a 20 ans. Son oncle, sous la pression militaire, pactise avec les Portugais. Il rend les armes. En contre-partie les esclaves protégés dePalmares doivent revenir à leur condition d’origine en retournant travailler dans les fazendas (grandes exploitations agricoles).

Zumbi se révolte car il ne veut pas renoncer à la liberté. Ganga Zumba est assassiné et Zumbi prend le pouvoir pour poursuivre la résistance en défendant son "peuple" et ses terres.

En 1695 les portugais mènent une attaque contre le Quilombo de Palmares et Zumbi en fuite est trahi par un des siens.
Capturé, il est décapité sur la place publique, le 20 novembre. Sa tête est exhibée sur le Pelorinho de Olinda pour dissuader la communauté de toute velléité.

Le Quilombo de Palmarès représentait à l’époque 15% de la population du Brésil et constitutait un danger à la fois politique et économique pour les Portugais. Le Portugal ne pouvait pas se permettre que s’installent des ilôts de révolte qui auraient amoindri sa puissance politique et économique.

 

Le 20 novembre est la journée de commémoration de la conscience noire au Brésil, qu’est ce que cela évoque pour vous?

Le 20 novembre 1695 est à mettre en regard avec la date du 13 mai 1888, date officielle de l’abolition de l’esclavage au Brésil par la Princesse Isabel, c’est à dire 40 ans après l’abolition de l’esclavage en Europe.

Le Brésil a été le dernier pays à abolir l’esclavage, poussé par des raisons principalement religieuses (l’église catholique condamnait l’esclavage) et économiques (la traite étant interdite, le coût devenait de plus en plus onéreux).

Il faut attendre 1971, une prise de conscience tardive, pour que se crée un mouvement noir de reconnaissance de Zumbi comme le premier héros noir brésilien à commémorer.

Mais ce n’est qu’en 2003 qu’une loi institue le 20 novembre comme journée de la commémoration de la conscience noire.



En 2006 le président Lula est allé se recueillir avec émotion, à Ouidah, au Bénin, d’où partaient les esclaves vers le Brésil.

 

En 2010 seulement 11 Etats commémorent cette journée. L’Etat de São Paulo, qui est la deuxième localité en population noire en dehors de l’Afrique, le fait depuis 2004.

Derrière les faits il existe encore une résistance à la reconnaissance du mouvement de résistance mené par Zumbi.

Dia national da consciença negra, incarnée par Zumbi dos Palmares, est la célébration d’une prise de conscience de l’importance de la communauté noire au Brésil, de sa force économique et du besoin de reconnaissance et d’existence.

Un premier pas pour le Brésil qui sera franchi lorsqu’il aura integré la diversité comme une vraie richesse.

 

 

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Published by bruno magniez
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