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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 12:26

Les diplomates brésiliens ont de quoi se réjouir. La Conférence des Nations unies sur le développement durable Rio + 20 n'est pas devenue "la place Tahrir de la crise environnementale", comme l'avait appelée de ses voeux Marina Silva, l'ex-candidate écologiste à la présidence du Brésil. Bien au contraire. Tant sur la méthode que sur le fond, ce sommet a révélé l'habilité du ministère des relations extérieures à imposer son choix et à placer le Brésil parmi les leaders incontournables des pays émergents et du Sud dans ce nouvel ordre mondial tourné vers un multilatéralisme global, débridé et conforme à l'air du temps.

Malgré une pluie de critiques, les dirigeants du palais de l'Itamaraty, l'équivalent brésilien du Quai d'Orsay, ont scellé la conférence avec un accord à minima, médiocre et dépourvu d'ambition mais qui, selon eux, était la seule voie de sortie possible. "La plus honnête", diront-ils. Un consensus par le bas, hanté par la crise, retirant du texte les points qui fâchent, n'accordant que quelques lignes à l'environnement et aucune à l'épuisement des ressources, tout en repoussant les décisions à 2015 sur le développement durable.

 

Rio + 20 a marqué la fin d'un cycle. Et l'avènement de ce que l'on pourrait appeler une " diplomatie de la prospérité", chère aux hommes forts de Brasilia. Un monde où les relations Sud-Sud ont une dimension souvent plus décisive que les relations Nord-Sud. Avec l'économie aux commandes et la politique au service d'un projet de croissance et de modernisation nationale.   pour-la-presidente-du-bresil-dilma-rousseff-l-enjeu-est-de-.jpg

 

Le Brésil a fermé une parenthèse pour en ouvrir une autre. "Que cela plaise ou non, a admis un haut diplomate de l'Itamaraty, présent à Rio, il y a une rupture avec le schéma ancien, un basculement des pouvoirs au profit de l'Inde, de la Chine et du Brésil." Avec le soutien implicite des Etats-Unis, très discrets lors de la conférence et pas mécontents, semble-t-il, de s'en tenir à une tradition de refus des accords et des institutions limitant les souverainetés.

 

En proposant, à moins d'une semaine de l'ouverture du sommet, d'ouvrir un fonds de 30 milliards de dollars (24,02 milliards d'euros) par an pour financer de nouveaux programmes, Itamaraty a joué une partition qui a semblé dépasser les négociateurs européens. Ceux-ci ont fait la sourde oreille. S'isolant un peu plus. Incapables de trouver un consensus et de peser sur la mécanique d'ensemble. Impuissants à proposer une alternative. Comme si l'Europe était dépassée par ce qu'elle avait contribué à engendrer. "Au jeu de la concurrence mondiale, elle a perdu", écrit Geneviève Azam, conseillère scientifique d'Attac et membre de la délégation française. La cohésion du personnel diplomatique brésilien et l'atout que représente son esprit de corps a fait le reste. Avec un argument implacable : les pays "riches" doivent payer s'ils veulent être cohérents.

Dans le passé, on a déjà pu observer le style réactif adopté par le Brésil face à certaines pressions ou lorsque le pays était confronté à des problèmes d'image à l'extérieur. Montré du doigt en tant que "voyou écologique" à la fin des années 1990, en raison notamment de la déforestation de l'Amazonie, le Brésil contre-attaque en accueillant en 1992, à Rio, le Sommet de la Terre, comme le rappelle si justement le politologue et diplomate Alain Rouquié dans son ouvrage Le Brésil au XXIe siècle (Fayard, 2006), au sous-titre évocateur, "Naissance d'un nouveau grand". En 2000, à la Conférence de Durban contre le racisme et la discrimination, le Brésil, dont la " démocratie raciale" ne convainc plus guère, jouera un rôle décisif. 

 

Des indices encore. En 2001, le nouveau cycle de négociations commerciales, lancé à Doha, doit beaucoup à la délégation brésilienne. En 2005, à Brasilia, le pays sera à l'origine de la première rencontre entre le monde arabe et l'Amérique du Sud, Afrique-Amérique du Sud l'année suivante, à Abuja, au Nigeria. Il encouragera les sommets de l'IBAS (Inde, Brésil et Afrique du Sud), des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et poussera à l'avènement au-delà du G8 - le groupe des huit pays les plus industrialisés et la Russie - d'un G20, élargi aux pays émergents. L'ancien ambassadeur Rouquié ajoute : "On pourrait multiplier les exemples du singulier savoir-faire et de la créativité diplomatique d'Itamaraty, qui excelle à transformer les faiblesses et les vulnérabilités en facteurs de prestige et d'influence."

 

Nous y sommes. Le Brésil, qui a toujours cherché sa place dans le monde, l'a peut-être trouvée. Parmi les plus grands. "Le Brésil vainqueur de la globalisation", titre Der Spiegel. Le New Yorker évoque un miracle brésilien sous la plume de Nicholas Lemann, expert de la mondialisation : "Au Brésil, le crime est élevé, le système scolaire faible, les routes mauvaises et les ports en mauvais état. Et pourtant, au sein des plus grandes puissances économiques, le pays a réussi un triple miracle : une forte croissance (contrairement aux Etats-Unis et à l'Europe), une liberté politique (contrairement à la Chine) et une baisse des inégalités (contrairement à tous les pays)."

 

Pour l'heure, la pérennité de ce nouveau statut du Brésil dans le monde dépend des autres géants périphériques comme la Chine et l'Inde. Un rang non seulement difficile à tenir mais qui exige d'être porteur d'un projet d'avenir. Une vision qui semble avoir fait défaut lors du sommet du Rio + 20. Mais qui pourrait trouver corps avec ce Brésil réconcilié avec lui-même, porté par l'émergence d'un modèle social pluriel. A plus ou moins long terme, il faut l'espérer.

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Published by bruno magniez
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