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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 14:27

Deux ministres importants ont démissionné coup sur coup au Brésil. Paradoxalement, cela montre que la corruption, mieux combattue, recule dans le pays. Pour l'instant, la présidente Dilma Rousseff n'est pas éclaboussée par ces scandales

 

Dilma Rousseff a gagné les élections présidentielles, mais pour pouvoir gouverner, il lui a fallu se constituer une majorité à l'Assemblée nationale. Son parti, le Parti des Travailleurs, a dû s'allier avec une dizaine d'autres et négocier leur appui à l'Assemblée en échange de portefeuilles ministériels. C'est ce qui s'est passé pour le Parti de la République, qui avait une quarantaine de députés, et qui a obtenu le ministère des Transports. Il s'agit d'un ministère financièrement important car le Brésil est en train de développer ses infrastructures. D'ailleurs, cela touche indirectement la France car Alstom est en train de négocier des marchés pour la construction du TGV Sao Paolo-Rio, qui alimente des suspicions de détournement.

 

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Depuis quelques semaines, Dilma Rousseff se rendait compte que les budgets avaient été gonflés, en particulier sur les constructions de chemin de fer, et elle a demandé à son ministre des Transports, dans une réunion interne, d'y mettre fin. Mais cela a continué. Les budgets sont multipliés par deux par rapport aux coûts prévus. Une rumeur voudrait que la fuite sur ces suspicions de fraudes, qui a poussé Alfredo Nascimento à la démission, vienne du cabinet de Dilma Rousseff, afin que cette dernière ne paye pas le prix politique de l'explosion de coûts.

 

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Comme le Brésil fonctionne dans un présidentialisme de coalition, l'enjeu pour Dilma Rousseff est de réussir à s'en tirer en disant que ce n'est pas son parti, ni ses proches, qui sont touchés, mais un parti lointain. Il s'agit de faire tomber le ministre pour le remplacer par quelqu'un de plus proche.

 

La présidente a une image de probité, mais elle ne peut pas contrôler tout ce qui se passe dans les ministères. Son pouvoir est à tel point limité que, même dans l'actuelle crise, elle ne sera sans doute pas en mesure de récupérer le ministère des Transports pour le confier à un membre du PT. Le Parti de la République a encore le pouvoir de le garder malgré le scandale de corruption, et elle est obligée d'entretenir de bonnes relations avec leur quarantaine de députés.

 

Le cas d'Antonio Palocci était plus grave pour elle, d'autant qu'il avait déjà été poussé à la démission une première fois lorsqu'il était ministre des Finances de Lula. Il est redevenu l'équivalent de Premier ministre sous Dilma Rousseff, avant d'être mis en cause indirectement. Il a dû démissionner car il commençait à fragiliser le gouvernement et la figure de la présidente. Il continue toutefois à agir dans l'ombre. Ce cas est plus gênant car il est toujours considéré comme l'un des principaux leaders du Parti des Travailleurs.

 

Malgré ces scandales, est-ce que l’on se dirige vers un recul de la corruption de la classe politique brésilienne ?

Il y a une amélioration car on en parle. Quand un scandale comme celui-là est découvert, il y a des enquêtes parlementaires  - même si elles n'aboutissent pas toujours comme on l'imagine. Des ministres sont poussés à la démission. On est sur la bonne voie, même si le pays est encore rongé par la corruption à tous les niveaux. Le niveau fédéral est sans doute plus propre que les autres. La corruption la plus classique se situe au niveau des marchés publics, avec les détournements d'argent et les commissions occultes.

 

Il y  a un autre type de corruption, que j'appelle la corruption de gouvernement. C'est ce qui était arrivé au moment du scandale du Mensalão, sous la présidence de Lula : on avait retrouvé un député de l'opposition dans un aéroport avec des milliers de dollars dans son slip. Le gouvernement utilisait de l'argent public pour acheter le vote des députés de l'opposition, qui recevaient chaque mois l'équivalent de 10 000 dollars en échange de leur soutien aux projets du gouvernement. Il est tellement difficile de monter une alliance stable au Brésil, face à des partis faibles et à une politique très individualisée, qu'il y a des échanges de faveurs.

 

Un premier nettoyage avait eu lieu, surtout à l'Assemblée nationale, mais la plupart des personnes qui avaient été rendues inéligibles quelques années sont revenues. C'est un des problèmes du Brésil. Les électeurs ont peu de mémoire et les personnes qui ont une longue carrière politique derrière elles sont assez protégées contre une sanction électorale une fois que leur inéligibilité est tombée.

 

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Environ six mois après son entrée en fonction, quel est le bilan de Dilma Rousseff ?

Ca va plutôt bien pour elle, ce qui est une bonne surprise car Lula avait fait beaucoup de promesses en son nom au moment des élections et les électeurs s'attendaient à ce qu'elle fasse aussi bien que lui. Le grand enjeu pour elle était d'abord d'imposer son style, et elle s'en est plutôt bien sortie. Elle l'a fait dans ses relations de travail, elle s'est légèrement distanciée de Lula en matière de relations internationales en montrant qu'elle avait de la poigne, et elle a bien négocié la formation de son gouvernement.

 

On pensait qu'elle allait se faire un peu manger, en particulier par son principal parti allié, le PMDB, très pragmatique, dont les membres ont beaucoup de pouvoir et dont on pensait qu'ils seraient très forts pour négocier des positions ministérielles et fragiliser Dilma Rousseff. Mais elle s'en est bien sortie les 100 premiers jours.

 

Elle a ensuite été fragilisée par la démission de son Premier ministre Antonio Palocci, mais là encore elle a bien réagi, en faisant entre plus de femmes au gouvernement. Elle a mis en avant la féminisation du gouvernement et le renouvellement de la classe politique pour aller vers plus de probité. Et de ce point de vue, le fait que ce soit à nouveau un homme, Alfredo Nascimento, qui est pris dans un scandale, pourrait presque jouer en sa faveur.

 

Mais depuis deux mois, le Parti des Travailleurs et elle commencent à avoir des problèmes pour gérer l'équilibre à l'Assemblée nationale. Il y a des tensions de plus en plus fortes entre le PT et le PMDB, de plus en plus gourmand. On sent que Lula est en train d'essayer de revenir sur la scène, toujours discrètement, et de reprendre la main car elle commence à être un peu fragilisée et mise en minorité sur certaines lois. Cela a été le cas pour la loi de protection de la forêt, qu'elle souhaitait accroître en Amazonie. Les députés l'ont désavouée en flexibilisant les politiques de protection environnementale. Ce sont des indices qui montrent qu'elle est moins à l'aise qu'au début, mais elle continue quand même à tenir la barre.

 

 

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Published by bruno magniez
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