Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : le blog brunomagniez par : bruno
  •   le blog brunomagniez par : bruno
  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
  • Contact

Profil

  • bruno magniez

CV

Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


Recherche

17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 14:07

Minutieusement préparée et planifiée, l'opération baptisée "Choc de Paix", menée dimanche 13 dans les favelas de Rocinha, Vidigal et Chacara do Céu, s'est déroulée de façon pacifique et a été couronnée de succès. Mais pour rétablir un état de droit, l'état brésilien va devoir se pencher sur la réintégration socio-économique des communautés des favelas.

Opération "Choque de Paz" menée le 13 novembre à Rocinha - Photo Nadine Gonzalez
Opération "Choque de Paz" menée le 13 novembre à Rocinha - Photo Nadine Gonzalez

Les favelas, ces bidonvilles construits à flanc de colline, à deux pas des quartiers aisés, par les migrants du Nord venus chercher une situation plus favorable dans les grandes capitales du Sud-Est (Rio de Janeiro, São Paulo, Belo Horizonte notamment) sont le symbole d’un Brésil qui reste encore profondément inégalitaire.

 

Champion latino-américain des inégalités dans la répartition des revenus jusqu’au début des années 2000, le Brésil, en triplant le montant du salaire minimum, en améliorant l’accès à l’emploi formel (et donc à la couverture sociale) et en mettant en place de nombreux programme de redistribution de revenu a pourtant réussi, ces dix dernières années, à améliorer de manière sensible la situation de 30 millions de pauvres, entrés dans la «classe moyenne».

Mais paradoxalement, le nombre des favelas et de leurs habitants n’a fait qu’augmenter notamment à Rio de Janeiro où l’on trouve les plus peuplées d’entre-elles, comme la favela Rocinha qui compterait jusqu’à 150.000 habitants.

Édifiées sans autorisations dans des zones difficiles d’accès, et ne bénéficiant, jusqu’à des périodes récentes, d’aucun accès à l’eau potable, à l’électricité ou de système d’évacuation des eaux et déchets, les favelas échappent le plus souvent au contrôle de l’État.

 

Elles forment ainsi des communautés autarciques où les trafiquants de drogue, qui y trouvent refuge, édictent leurs propres lois, créent leurs propres systèmes d’entraide sociale et de sécurité pour s’attirer la sympathie des habitants en échange de leur silence.

Les barons de la drogue consacrent également une part non-négligeable de leurs considérables revenus à soudoyer une police mal-rémunérée (et au sein de laquelle beaucoup sont désireux d’arrondir leurs fins de mois), assurant ainsi la tranquillité de leurs activités illicites.51-XuOOsGSL._BO2-204-203-200_PIsitb-sticker-arrow-click-Top.jpg

 

 

L'union des forces pour déclarer "la guerre" aux trafiquants

Mais depuis quelques années maintenant, le gouvernement est bien décidé à reprendre le contrôle de ces zones de «non-droit».

C’est notamment le cas de Rio de Janeiro où le gouverneur Sergio Cabral a déclaré depuis 2003 une guerre sans merci aux cartels, et le terme de «guerre» n’est ici pas exagéré. Des moyens phénoménaux sont ainsi mis en œuvre : formation de commandos d’élite, utilisation de tanks et de blindés pour infiltrer les zones sensibles, recours à des hélicoptères etc. Les interventions des commandos de la Police militaire dans les favelas cariocas n’ont rien à envier aux guerres de rues de Bagdad ou de Kaboul.

 

Alors qu’elle s’apprête à recevoir une série d’évènement de dimension mondiale : la conférence de l’ONU sur le développement durable en 2012, les Journées Mondiales de la Jeunesse en 2013, la Coupe du Monde de Football en 2014 ou encore les Jeux Olympiques de 2016; la ville de Rio de Janeiro se doit de donner au monde des gages de sa sécurité. Parvenir à pacifier ses favelas serait en effet un signe fort en ce sens.

 

L'opération "Choc de Paix" ("Choque de Paz"), un modèle d'occupation pour la création des UPPs dans les favelas

On ne s’étonnera donc pas que dans la nuit du dimanche 13 novembre, une opération d’une ampleur inédite, baptisée «Choc de Paix» ait visé à reprendre le contrôle de plusieurs favelas parmi lesquelles l’immense «Rocinha».

Pas moins de 3.000 policiers ont été mobilisés pour l’occasion et le gouvernement s’est félicité que l’opération se soit déroulée sans véritable résistance de la part des trafiquants, dont au moins cinq grands chefs ont été capturés.

Rocinha_-_Choque_de_Paz_3.jpg
Occupation de la Rocinha par la Police Fédérale et Militaire
Photo Nadine Gonzalez

 

Leurs interpellations, dans d’immense villas équipées de piscines, jacuzzis ou de salles de musculation dernier cri, bâties au milieu de la pauvreté des favelas, témoignent de toute la démesure rencontrée au sein de ces zones sensibles.

 

 

L’opération «Choc de Paix» a notamment été un succès car, contrairement à certaines missions précédentes, elle s’est déroulée relativement pacifiquement, notamment en distribuant des tracts invitant la population à dénoncer anonymement les chefs de la drogue dans leurs quartiers.

Procurados.jpg
Tracts distribués à la communauté
Reproduction

 

Cette approche moins militarisée a en effet été privilégiée ces derniers temps, notamment à travers le développement des UPP, Unités de Police Pacificatrices. Le concept est simple : rapprocher la population de la police en confiant à celle-ci a mise en œuvre de politiques sociales au sein des favelas.

Aujourd’hui, 280.000 favelados bénéficieraient de ces programmes, dont l’objectif est clairement pour l’État, de reprendre la main sur ces zones qui lui échappent depuis des décennies.

 

Une pacification militaire sans pacification socio-économique des favelas serait vouée à l'échec

Toutefois, si ces mesures, tout comme l’opération «Choc de Paix» de ce week-end, rencontrent effectivement un certain succès, le défi des «favelas» reste immense au Brésil.

Sans même parler des énormes préoccupations en terme de questions sanitaires (certaines favelas sont construites sur des décharges!), sociales, environnementales ou urbaines, débarrasser les favelas de leurs trafiquants ne résoudra pas entièrement la question du contrôle et de la sécurité de ces «villes invisibles».

En effet, un autre ennemi les ronge : les Milices. Bien accueillies dans un premier temps car elles devaient en finir avec le règne des trafiquants, elles ont progressivement pris le contrôle des favelas installant de fait, une nouvelle forme de terreur.

 

Les miliciens contrôlent et font payer très cher, arme en main, l’accès à l’eau, à l’électricité ou à la télévision aux habitants des morros (collines). Elles représentent un défi d’autant plus grand pour la pacification des favelas qu’elles sont particulièrement difficiles à combattre du fait qu’elles sont principalement composées de militaires et de policiers corrompus. Elles contrôleraient aujourd’hui 96 favelas à Rio.

 

Mais n’oublions pas que ces dix dernières années, environ 10 millions de Brésiliens sont parvenus à quitter les favelas grâce à l’amélioration de leur situation économique.

 

De l’avis de nombreux spécialistes, le Brésil ne parviendra pas à faire mentir les prévisions des Nations Unies (qui prévoient qu’en 2020, le pays comptera 55 millions de favelados) s’il n’ajoute à sa pacification militaire, une pacification socio-économique des favelas.

Le temps presse, les caméras du monde entier seront bientôt fixées sur la belle Rio de Janeiro et sur ses morros.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article

commentaires