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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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  • bruno magniez

CV

Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 13:58

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En 2008, Morro da Providência, la favela la plus ancienne et la plus dangereuse de Rio, faisait parler d'elle en des termes étrangement solaires. Pour la première fois, dans ce paysage de vaches maigres et de crime organisé, l'art et la culture y étaient aux premières loges : placardés en rafales sur les murs, des yeux de femmes toisaient le monde d'en haut. Tout à coup, cette favela rayée des cartes devenait la plus grande galerie du monde, et ses habitantes, les héroïnes d'un jour.

 

 

 

 

Afin de mener à bien Women are Heroes, projet esthétique dont on peut voir la déclinaison cinématographique depuis mercredi dans les salles de cinéma françaises *, JR a traversé les mers, baladé son 28 millimètres dans le bidonville de Kibera à Nairobi, dans les quartiers précaires de Phnom Penh et de Delhi, photographié le souffle, les grimaces et les éclats de rire de ces femmes du bout du monde, collé leurs visages sur les murs, les trains, les escaliers, les talus, les camions et filmé en boucle leurs paroles.

 

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Cet artiste de 28 ans, qui se cache derrière ses initiales afin de passer les frontières incognito, qui garde lunettes noires sur le nez et chapeau vissé sur le crâne en souvenir de son passé de graffeur, ne se définit ni comme photographe ni comme street artist. «Mes projets artistiques sont toujours construits autour de l'histoire des gens et de l'endroit où ils vivent. Je pratique l'art infiltrant! D'ailleurs, chaque photo s'accompagne systématiquement d'une interview. J'ai réalisé ce film afin de montrer toutes les couches dissimulées derrière chaque image», explique JR qui, dans son atelier parisien, près du cimetière du Père-Lachaise, bavarde à visage découvert. Beau comme un fayoum. Soyez rassurés, ce long-métrage n'a rien du mélo. JR ne tire jamais parti de ces desseins abîmés, pas plus qu'il n'en explique les causes. Il se borne à poser des questions, à ouvrir le dialogue dans des lieux qui ne suscitent le fantasme qu'à cause des drames qui s'y déroulent. Et l'on s'étonne : comment ces femmes au destin barré peuvent-elles avoir l'humour et l'espoir chevillés au corps ? C'est dans un grand éclat de rire que Shanti Mehrar, 65 ans, raconte les travaux guerriers de son adolescence : à l'époque où elle cassait des pierres, quand elle mélangeait le goudron à la main avant de le transporter brûlant et dégoulinant sur la tête... Aujourd'hui, cette Indienne qui vit toujours à Delhi donne des cours sur le droit des femmes près de Kashmiri Gate, à l'université dont elle a posé les fondations.

 

« La belle image n'est que la partie visible de l'iceberg »

En racontant tout à trac leurs projets et leurs victoires, ces femmes piliers dament le pion à un passé inimaginable, vu de notre balcon. Mais on ne sort ni les mouchoirs ni les drapeaux.

 

Le petit milieu de l'art a tendance à stigmatiser une œuvre qui serait trop simpliste, trop démago... Selon Magda Danysz, galeriste et coproductrice du projet « Wrinkles of the city » dédié à la ville de Shanghaï et à ses habitants, «le public ne considère souvent qu'une partie de son travail. Or c'est un tout indissociable. La belle image, d'une apparente facilité, n'est que la partie visible de l'iceberg. Le projet shanghaïen s'articulait autour de trois lieux tout à fait complémentaires: la ville elle-même, le musée officiel - sans autorisation - dans le cadre de la biennale, ainsi que la galerie pour le financement. JR est un passeur d'histoire, et son travail, une mise en abyme.» L'artiste oppose à la critique un regard en grand-angle, une énergie de cabri et le talent de soulever les montagnes. L'action serait-elle un bain de jouvence ? Après son intervention dans la favela brésilienne, JR fut invité à rejouer la présentation de ses photos au musée Casa França-Brasil de Rio. «C'est le fait que ces regards soient affichés sur un monument national qui a vraiment posé question. Comment ces femmes qui vivent sur cette colline et qui ne sont même pas censées exister peuvent-elles figurer sur notre monument? D'où un énorme "bug". La directrice du musée a même été virée. C'est à ce moment-là que j'ai eu l'impression d'avoir trouvé le véritable objectif du projet.»

 

Puis ces regards avaient voyagé et s'étaient posés il y a un an dans le quartier de l'île Saint-Louis, à Paris. Aujourd'hui, grâce à JR, la favela est dotée d'un espace culturel où l'on enseigne la photo mais aussi les rudiments de la législation. «Nous ne voulions pas faire de l'humanitaire mais juste créer une structure. Si nous n'avions pas bougé, rien ne se serait passé.»

 

En 2007, pour « Face 2 Face », la plus grande exposition illégale au monde, JR avait placardé sur le mur de séparation des portraits XXL d'Israéliens et de Palestiniens exerçant le même métier ! «J'ai démystifié le lieu à tel point que cela a donné l'idée à Voyageurs du monde de créer un circuit Israël-Palestine. Trois ans après sa réalisation, le projet avait encore des répercussions positives: il participait - même de loin - à la relance de l'économie tout en apportant un regard plus nuancé sur la situation. C'est la plus belle continuité que l'on puisse imaginer. Personne ne soupçonne les forces qui se cachent derrière l'art.»

 

« J'ai toujours autofinancé mes projets, c'est vital »

En cette période d'hiver, l'artiste et son équipe préparent la production des futurs projets ainsi que les œuvres destinées à des galeries. JR s'en explique : «J'ai toujours autofinancé mes projets. C'est absolument vital. Quand je débarque dans un pays, la première question que l'on me pose est la suivante: Qui t'envoie? Nike? L'Oréal? J'explique alors aux habitants que je ne suis sponsorisé par aucune marque, que je n'ai aucune autorisation, que mon projet est totalement illégal et qu'ils sont seuls à décider de leur participation. La création se fait librement avec eux. Ce qui change totalement la perception de l'œuvre et la manière dont les gens participent à sa réalisation. Quand je n'avais pas d'argent, j'ai toujours préféré annuler un projet plutôt que de m'acoquiner avec une marque. C'est en cela que les galeries sont utiles: vendre le nombre de pièces nécessaires au financement de mes projets.» Elu par Le Figaro artiste préféré des Français, devant Raymond Depardon et Pierre Soulages, l'artiste vient de remporter le Technology Entertainment Design (TED) Prize 2011, qui récompense chaque année une personnalité qui peut « changer » le monde.

 

Son dernier fait d'armes ? La photo d'un minaret de 40 mètres de haut au cœur de la Suisse ! «Avec une balle, tu touches un homme; avec une photo, tu peux en toucher cent», lançait l'un des gamins de la favela de Rio. A replacer dans le contexte. Sans violons.

 

Women are heros - JR

 

* Film de JR, sur un scénario de JR et Emile Abinal. Déjà en salles. A lire: «Women are Heroes», Editions Alternatives, 360p., 45€.

 

WOMEN ARE HEROES se déroule aux quatre coins du monde et plus particulièrement au Brésil, en Inde, au Kenya et au Cambodge.
Le film commence dans les favelas brésiliennes, où l’on reconnaîtra d’immenses affiches de JR et les réactions qu’elles suscitent chez les femmes. Puis en Inde, où nous découvrirons des femmes prises entre des coutumes ancestrales et une modernité quotidienne. Puis le Kenya où, là encore, les femmes doivent vivre dans un contexte plus que chaotique et instable. Enfin, au Cambodge, nous serons confrontés à la violence de l’expropriation ultra violente faite aux foyers tenus par un système matriarcal qui tente de résister face aux mastodontes de l’immobilier…
Chacune de ces femmes nous étonnera par son courage et sa foi.

www.womenareheroes-lefilm.com

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Published by bruno magniez
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