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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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  • bruno magniez

CV

Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 15:01

Au Brésil, la réforme agraire inscrite dans la constitution n’est pas appliquée. Pour faire pression sur le gouvernement, MST (mouvement des sans terre) occupe des terres laissées en friche pour les redistribuer aux familles sans terre. Une fois les terres légalisées, les familles s’organisent pour défendre une agriculture à échelle humaine espectueuse de l’environnement.

 

mst_agencia20brasil.jpg

 

Le Brésil est l’exemple le plus caricatural, en Amérique latine, de la concentration foncière. En 1985, date du dernier recensement agricole, 35.000 familles (1% de la population) détenaient 44% de la terre cultivable du pays.

 

Ces «latifundios », sont le plus souvent acquis de façon illégale, confisqués par des puissants locaux qui falsifient les titres de propriété.


On appelle ces faussaires les «grileiros », parce qu’à l’origine, ils contrefaisaient les documents en les plaçant un temps dans une boîte pleine de grillons. Le papier en sortait taché et grignoté, témoignage des décennies passées dans un coffre familial. Il se trouvait toujours un juge pour en reconnaître l’authenticité.

Dans l’Etat du Pará, justement, un certain Carlos Medeiros (numéro de carte d’identité : 92093-Spp/PA) est ainsi propriétaire, depuis les années 1970, de 9 millions d’hectares ? la surface du Portugal. Un héritage de deux cultivateurs portugais, prétendent ses avocats. L’ennui, c’est que Carlos Medeiros n’a jamais existé.


C’est un prête-nom qui permet à une poignée de propriétaires locaux de s’approprier la terre publique.

C’est ce type de terres que cible le mouvement des sans-terre. «Ils choisissent toujours des terres, prétendues privées, mais qui sont en fait volées à l’Etat, avec la complicité des politiques et des magistrats locaux, eux-mêmes grands propriétaires », explique Jean-Pierre Leroy, un Français installé depuis trente ans au Brésil et qui travaille sur la préservation de l’Amazonie au sein de l’ONG Fase.

La méthode du MST est toujours la même. Investir une terre qui devrait faire l’objet d’expropriation par l’Etat, soit parce que son titre est falsifié, soit parce que la productivité est très basse, et l’occuper. Les familles montent alors un campement («acampamento », dans le vocabulaire du mouvement), qui, lorsqu’il n’est pas délogé, peut durer plusieurs années jusqu’à l’attribution d’un titre de propriété. Il se transforme alors en «assentamento », ensemble de terres cultivées de façon collective, par le biais de coopératives.

barracacamp-copie-1.jpg

 

 

Ils le payent cher. Tombés sous les balles de la police ou le plus souvent de tueurs à gage, plus de 1800 militants de la réforme agraire sont morts ces trente dernières années. Pratiquement aucun cas n’a été résolu par la justice.

La principale originalité du mouvement est sa structure, ni parti, ni syndicat, fondé sur le noyau familial ? c’est un couple qui apparaît sur le drapeau rouge ? et sa capacité, contrairement aux autres collectifs paysans, à s’allier à des groupes progressistes citadins et ouvriers. Le Parti des travailleurs (PT) a ainsi fait de la réforme agraire, pourtant étrangère à sa nature, une de ses principales revendications.
«L’élément le plus intéressant du MST, c’est son pari sur l’éducation, de l’alphabétisation à la prise de conscience d’une société de classes », estime Ariovaldo Umbelino, professeur à l’Université de São Paulo (USP) et spécialiste reconnu des questions de réforme agraire.

Le MST, la principale référence sociale du continent

Dans une société dépolitisée depuis l’établissement de la dictature (1964-1985), où la télévision cultive l’apathie des masses, le MST tranche en disséminant une culture anti-hégémonique. Il monte des centaines d’écoles itinérantes qui permettent à plus de 75.000 enfants des paysans sans terre d’être scolarisés. En 2005, il ouvre sa première université, à une heure de São Paulo, à l’attention de tous les Latino-Américains. Tous les matins, dans les 23 Etats (sur 26) dans lequel le mouvement est implanté, ses 450.000 membres revendiqués entament une liturgie, la «mistica ». Comme à Eldorado do Carajás, ils célèbrent les héros des luttes populaires ? Che Guevara, Chico Mendes, et d’autres dont la renommée n’a pas dépassé la ville d’origine ? à travers chants et mises en scène. Pour le regard étranger, la cérémonie frise souvent le ridicule, mais elle est perçue comme le ciment de l’identité.

Le MST est devenu la principale référence sociale du continent sud-américain, à travers son bras international, Via Campesina. Il envoie des volontaires d’Equateur à Haïti, et il est le principal producteur de semences biologiques d’Amérique latine. «C’est qu’avec le temps, le combat pour la terre s’est transformé en combat contre l’agrobusiness ", explique João Pedro Stedile.

 

 

 

 

 

 

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Published by bruno magniez
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