Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : le blog brunomagniez par : bruno
  •   le blog brunomagniez par : bruno
  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
  • Contact

Profil

  • bruno magniez

CV

Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


Recherche

12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 17:28

Il n’y a pas si longtemps, le Brésil fournissait un grand nombre de produits finis à un coût très compétitif. Avec la montée des importations, malgré les taxes, nombre de produits nationaux peinent aujourd’hui à soutenir tant les prix que la qualité.

 

 

 

Le coût de l’emploi

En moins de 10 ans, le salaire minimum est passé de R$ 151 (65€) à R$ 545 (237€). Depuis 2011 – fait historique – il y a plus d’emplois déclarés (avec livret de travail, donc avec charges sociales) que d’emplois non déclarés.

 

L’avancée des fameuses classes sociales C et D* a permis au Brésil de surfer sur la crise de 2008. Et le taux de chômage est descendu à 6%. Les conséquences apparaissent maintenant sur le coût de l’emploi.

Sur des postes plus spécialisés, l’insuffisance des structures de formation professionnelle ou diplômantes conduit à une pénurie de main d’oeuvre dans de nombreux secteurs : ingénieurs des travaux publics, des mines, de l’informatique, ou encore dans les postes de middle-management ou de direction.

 

Au Minas Gerais, l’Etat minier par exellence, le directeur de l’UFMG (Université Fédérale du Minas Gerais) de la ville de João Monlevade déclare qu’il manque déjà sur le marché du travail 35.000 ingénieurs.

Selon la société de recrutement Michael Page à São Paulo, l’on arrive à des situations ou l’entreprise brésilienne va chercher son cadre à l’étranger (dans les pays développés) pour moins cher ; son équivalent brésilien coûte plus cher !
De même, certaines sociétés étrangères ayant leur filiale au Brésil peuvent payer son directeur local plus cher que le président du groupe (par souci de confidentialité, Michael Page n’a pas cité d’exemple).

 

Mais au Brésil, chaque problématique représente toujours une opportunité économique pour ceux qui anticipent.

Si l’Etat ne pourvoit pas encore à la nécessité, cette situation fait les choux gras des écoles et universitées privées qui fleurissent depuis 10 ans. L’une d’elles, Anhanguera, introduite en bourse, présente les meilleurs résultats boursiers du secteur et ne cesse de racheter des concurrents.

 

Le coût des transports et des infrastructures

Un importateur paye R$ 25.000 (10.864€) pour ramener 3 containers de Chine jusqu’à Rio, mais il débourse... R$ 15.000 (6.518€) pour le trajet Rio – Belo Horizonte! (moins de 500 kilomètres).

Les routes sont en mauvais état. Les opérations « tapa-buraco » (bouche-trou) sont encore réalisées en pré-periodes électorales, ou en urgence, et le profil des chaussées est encore mal adapté aux fortes pluies qui détruisent l’infrastructure.

 

Par ailleurs, il n’est pas si rare de voir encore des semi-remorques êtres détournés avec leur cargaison par des « bandits de grand chemin », même sur l’axe routier Rio-São Paulo, le plus fréquenté.

Un grand hebdomadaire économique national, Carta Capital, en a fait l’expérience récemment et n’a pu être offert aux lecteurs de Rio pendant plus d’une semaine.

 

Enfin, le parc de camions est vieillissant et les coûts d’entretien (voire d’accidents en chemin) s’ajoutent à l’addition.

Aussi, la société SCANIA bat-elle les records de vente pour ses camions, avec une augmentation de plus de 100% entre 2009 et 2010, soient 3 fois les prévisions annoncées l’an dernier.

 

 

Un parc de machines vieillissant

Pour contrer l’inflation qui remontre le bout de son nez, la Banque Centrale du Brésil vient de relever le taux d’intérêt interbancaire (déjà l’un des plus haut au monde) à 11,75% par an, rendant l’accès au crédit plus difficile.
Aujourd’hui, une petite entreprise trouve des crédits à l’équipement industriel à des taux minimums de 6 à 7% annuels, selon les banques.

 

A titre d’exemple, dans le secteur du jouet, une petite voiture en bois fabriquée en France (où les salaires et les charges sociales sont pourtant bien plus élevés qu’au Brésil) coûte 30 a 50% moins cher que la même fabriquée au Brésil.
En France, une seule machine fait le travail à partir d’une pièce de bois. Au Brésil, il faut plusieurs machines, voire une intervention manuelle sur chaque pièce.
Une fiscalité encore paralysante

 

Sans faire de longs discours sur le sujet, on sait que les impôts sont encore lourds et mal adaptés aux réalités. Ils restent le frein majeur à la compétitivité de nombreuxproduits.

Un seul exemple : celui du vin. Sous prétexte d’éviter les bouteilles de vin falsifiées (phénomène aujourd’hui quasiment disparu), le fisc exige que l’IPI (Impôt sur lesProduits Industrialisés), payé par le viticulteur sur la vente de ses bouteilles, soit matérialisé par un sceau par dessus le goulot.

 

L’impôt doit être donc acquitté avant même que la bouteille ait été vendue : le viticulteur achète les sceaux à l’avance pour les apposer avant l’expédition. L’Etat étant le premier à être payé, le producteur est obligé de faire une avance de trésorerie conséquente.
De plus, pour les petits domaines dont l’embouteillage n’est pas mécanisé, l’apposition du sceau est lente coûteuse.

 

Des améliorations en vue

Le coût Brésil n’est finalement qu’une résultante logique du cycle dans lequel se trouve le pays : une explosion économique plus rapide que l’adaptation des structures encore à l’echelle d’un pays du tiers monde.

Il n’en reste pas moins, malgré ces dificultés, que la croissance économique restera au rendez-vous pour longtemps ; le Brésil étant encore un marché de demande pour une offre encore insuffisante.

 

Quant à la résolution des problèmes évoqués, le rôle de plus en plus international du pays met celui-ci en négociations multilatérales avec l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce).

De nombreuses barrières douanières ultra-protectionistes sont tolérées uniquement à condition que leur existence serve à dynamiser la production locale.
Ainsi, si le gouvernement ne pourvoit pas au nécessaire (meilleur crédit aux entreprises, meilleure formation, fiscalité révisée), ces barrières risquent de tomber.

Le Brésil est contraint d’avancer à marche forcée vers la maturité avant l’âge.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by bruno magniez
commenter cet article

commentaires