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  • : Blog pour tous les passionnés du Brésil : actualités économiques, sociales et politiques.
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  • bruno magniez

CV

Bruno MAGNIEZ

 
Email : bmagniez@netcourrier.com

 

Docteur en Sciences Economiques

 

Thèse de doctorat Université de Picardie Jules Verne (octobre 2001) :

-          « La place du secteur informel dans l’économie brésilienne : une étude centrée sur le commerce de rue à João Pessoa »
- Thèse sous la direction de B.Lautier, Professeur Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne. Mention très honorable.

-          Jury de thèse : Philippe Hugon, Jaime Marques Pereira, Christian Azais, Bruno Lautier, Christian Palloix


 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales


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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 16:06

Jorge Selarón a rencontré Picasso, Dali et Andy Warhol, voyagé dans 57 pays pour s'établir à Rio et transformer une vulgaire volée de marches en une des plus célèbres œuvres d'art du Brésil, connue dans le monde entier et vitrine de la ville.

 

Selarón sur les marches de l'escalier du couvent de Santa Tereza
Selarón sur les marches de l'escalier du couvent de Santa Tereza

Jorge Selarón est chilien, artiste et star. Selon ses propres, mots "Dieu seul sait quel âge il a". Ayant quitté son pays à l'âge de 17 ans pour Barcelone où il commence à peindre, il n'aura dès lors de cesse de voyager à travers le monde en approfondissant son art.

En arrivant au Brésil, en 1983, sans argent et sans connaître un mot de portugais, il a un but  : devenir célèbre, pas comme un peintre reconnu mais bien comme le plus fou et le meilleur dans son domaine.

 

Née d'un troc, sa marque de fabrique devient sa signature


A New-York où il a vécu plusieurs années, un entrepreneur lui avait laissé, pour un dollar, cent pots de peinture marron, un troc pour le moins étrange. Ledit entrepreneur lui avait à l'époque déclaré, l'air inspiré, que ce don lui porterait chance...

 

De fait ce cadeau devient sa marque de fabrique. Pendant quinze ans, il peint un tableau par jour, sur un thème unique, une femme enceinte, avec une seule couleur, le marron. Il en comptabilisera plus de quatre mille.

Pour compléter le marron, il ajoute une teinte de rouge qui fait vendre "tout ce que tu veux vendre tu le vendras plus vite avec du rouge ! " dit-il.

 

Sa signature reconnue, il s'attaque alors à un nouveau projet qui deviendra son œuvre majeure : transformer l'escalier où il habite, dans un quartier en plein cœur de Rio, désaffecté à l'époque.

Il commence par balayer les marches jour après jour (un rituel conservé depuis). Puis il installe des baignoires dans lesquelles il plante des arbres. Il en vient peu à peu à recouvrir les murs d'azulejos (carreaux de faïence), rouges naturellement !

 

Selaron_3.jpg
Panneau en azulejos à l'occasion de la coupe du monde de football en 1994
Elie Landreau

 

Par la suite ce sont les marches qu'il recouvre en vert, bleu et jaune, les couleurs du Brésil dont il est tombé amoureux. Quant aux quatre-vint-six baignoires détournées, elles aussi seront ornées d'azuleijos divers et variés.

 

Les marches de son escalier le rapprochent chaque jour de l'immortalité

Avec son bob et son T-shirt rouges, lorsqu'il signe des autographes sur les carreaux de faïence vendus aux touristes du monde entier, Selarón n'est pas dans la vente, il est dans la pub, la construction de son propre personnage immortel.

Quand il se met à travailler avec son associé, c'est l'artiste qui s'exprime.
"De 18h à 9h du matin cet escalier est public. Par contre, le jour, c'est mon œuvre et c'est moi qui décide, personne d'autre !".

selaron_1.jpg
Selaron et son associé, escalier du couvent Santa Tereza, Lapa
Elie Landreau

 

Ajoutant des pièces, en retirant d'autres selon ses désirs et selon les trouvailles apportés par les touristes qui veulent aussi immortaliser leur passage, il façonne son "œuvre inachevée" et, par essence même, impossible à terminer.

Le personnage, avec ses bacchantes et ses airs d'ours, envoit paître Picasso et Andy Warhol quand on lui demande son avis "Ce ne sont pas de vrais peintres ou sculpteurs, ils ont au mieux copié des choses existantes, mon travail est totalement unique et inédit".

 

Si on lui parle de la similitude de son travail avec celui de Gaudi au parc Guëll à Barcelone, l'animal s'insurge et assure que ce dernier n'est pour rien dans son processus de création. "Je n'étais même pas peintre à l'époque, juste un jeune en baroude qui voulait voyager".

 

La préfecture de Rio a bien compris l'intérêt de son travail pour la ville. A l'heure des travaux d'embellissement du quartier avant la Coupe du Monde de 2014 et les JO de Rio en 2016, l'aspect et l'attraction touristique de la rue ne dépendent plus que de lui.

 

L'homme a la soixantaine bien sonnée. Il continue à balayer les marches de son escalier devenu désormais "l'escalier Selarón". Rien ne presse pour aller le voir. Il est en excellente santé et ne compte poser le dernier azulejo que le jour de sa mort qui consacrera le travail d'une vie et l'hommage rendu à Rio, la ville dont il est fou.

 

 

 

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Published by bruno magniez
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